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Vendredi 18 février 2011 5 18 /02 /Fév /2011 12:12

Chercheuse au laboratoire Socius de l'Université technique de Lisbonne, Claire Auzias est historienne, spécialiste de l'histoire du peuple tsigane, auquel elle a consacré une vingtaine d'années de recherches. Dans plusieurs ouvrages, elle aborde leur mémoire et la difficile reconnaissance de leurs persécutions, notamment du génocide dont ils furent les victimes (500 000 victimes entre 1938 et 1945).

En studio pour Flux-4 le 14 février, elle revient sur son parcours et sa formation d'historienne, sur les résultats de ses travaux et la lente reconnaissance du « Samudaripen » (« meurtre total »), le génocide des Tsiganes.

claireauzias03.jpg

Claire Auzias a notamment publié :

  • Les Tsiganes ou Le destin sauvage des Roms de l'Est suivi de Le statut des Roms en Europe, écrit avec Marcel Courtiade, éditions Michalon, 1995
  • Les poètes de grand chemin, éditions Michalon, 1998
  • Samudaripen, le génocide des Tsiganes, L'Esprit frappeur, 2000
  • Les funambules de l'Histoire, éditions de La Digitale, 2002
  • Choeur de femmes tsiganes, éditions Egrégores, 2009
  • Roms, Tsiganes, Voyageurs : l'éternité et après ? éditions Indigènes, 2010

Animation : Emmanuel Abela, Baptiste Cogitore et Stéphanie Linsingh.
Régie technique : Olivier Legras

 

Par plate-forme - Publié dans : mémoire
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Jeudi 17 février 2011 4 17 /02 /Fév /2011 22:52

Un reportage de O.Stephan, V.Roy et M.Kelhetter (France 3)

 

Par plate-forme - Publié dans : exposition
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Mercredi 9 février 2011 3 09 /02 /Fév /2011 08:55


Après Mémoires vivantes portant sur la mémoire de la Première Guerre mondiale, Rodéo d’âme nous entraîne sur les traces de la Seconde Guerre mondiale à travers les paroles des derniers témoins et les œuvres créées dans les camps nazis et vichystes à l’époque.


            Un bien riche programme, entre février et octobre 2011, en Alsace, pour ce grand cycle intitulé Des voix dans la nuit, initié par la directrice artistique de Rodéo d’âme, Claire Audhuy, qui est aussi auteur et metteur en scène : sa création scénique, Une poignée de terre, retrace et esquisse l’histoire de l’Europe de 1930 à 2030. Mêlant entretiens vidéo avec d’anciens déportés ou prisonniers de guerre, sur une musique originale de Gabriel Mattei, cette pièce jouée par sept comédiens propose une réflexion sur le legs de la mémoire, la responsabilité personnelle, le négationnisme...

+ Interview de Claire Audhuy, directrice artistique du collectif Rodéo d'âme sur Radio Judaïca (diffusé le 9 février 2011)


 Affiche-des-voix-dans-la-nuit-faib.jpg


            Un collectif engagé, donc, comme toute son équipe, très sensible aux questions d’identité(s), à la construction de l’Europe, œuvrant pour sensibiliser le public à ces dérives de l’histoire. Et de partir sur les routes d’Alsace dialoguer avec lui à travers leurs créations artistiques présentées en milieux urbains et ruraux. Cette dynamique est un autre engagement de Rodéo d’âme, comme celui de la gratuité pour un maximum d’évènements.

 

            Mobilisé, attentif, sérieux et créatif, le collectif Rodéo d’âme jongle entre hier et aujourd’hui, proposant notamment deux expositions. La première, intitulée Les Robes grises, présente à la Médiathèque André-Malraux et pour la première fois les œuvres et manuscrits clandestins  originaux de deux déportées du camp de Ravensbrück : Jeannette L’Herminier et ses dessins, Germaine Tillion et ses billets, recettes et son extraordinaire opérette, Le Verfügbar aux Enfers, rédigée officieusement, cachée dans un carton, à l’insu des nazis. Deux grandes résistantes, à qui Rodéo d’âme donne la parole ici. L’exposition, visible jusqu'au 26 mars (entrée libre), est coproduite par la Bibliothèque nationale et universitaire, les Bibliothèques municipales de Strasbourg et le Musée de la Résistance et de la Déportation (MRD) de Besançon. Rodéo d’âme et ses partenaires publient un catalogue de cette première exposition hors les murs  de Besançon (les œuvres proviennent du MRD), laissant ainsi une trace de ces archives, menacées par le temps et la dégradation.

 

M0335_987-1032-01_60.jpg"La table 12, Ravensbrück, mars 1944"/ © MRD-Besançon

 

            La seconde exposition, Les Yeux mêlés,est l’initiative de trois jeunes artistes engagés : Claire Audhuy, Baptiste Cogitore et Vincent Hanrion. Après avoir recueilli les paroles des derniers témoins du camp de Natzweiler, ils utilisent des supports surprenants pour appréhender cette mémoire et la transmettre au public de nouvelles générations. Design, web, photo, performance vidéo, sont leurs manières à eux d’évoquer cette histoire, « parfois difficile à transmettre » admettent-ils.


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Michel Solyanik revenant pour la première fois devant la cellule où il fut enfermé à la fin du mois d'août 1944

Photo : Rodéo d'âme / ©Vincent Hanrion

  C’est le sujet de la performance vidéo tournée à Strasbourg, insérée dans Les Yeux mêlés. Les trois artistes ont réécrit sur des murs de Strasbourg des phrases d’anciens déportés de Natzweiler. Rendues anonymes, ces phrases semblent comme flotter dans la ville. Et de filmer ensuite la réaction — ou l’absence de réaction tout aussi significative — des passants. Une initiative étonnante, qui inscrit les citadins dans une réflexion sur notre mémoire commune, et qui s’introduit dans nos quotidiens.


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Photo : Rodéo d'âme / ©Vincent Hanrion

          Le cycle Des Voix dans la nuit propose aussi de nombreuses rencontres avec des témoins — à noter la venue de Marie-José Chombart de Lauwe, grande résistante, déportée à Ravensbrück, et Francine Christophe, déportée enfant à Bergen-Belsen —, des chercheurs en histoire contemporaine : Amaury du Closel, chef d’orchestre spécialiste de la musique sous le IIIème Reich, Robert Steegmann, agrégé d’histoire ou encore Claire Auzias, spécialiste de l’histoire des Roms...

 

            Rodéo d’âme crée des passerelles entre les générations, et met en lumière les rouages de dérives que l’on croyait lointaines et oubliées. 

            Enfin, Rodéo d'âme présentera les concerts de musiques de Terezin (cap-ghetto de Bohême occupée par les nazis), soutenus par la Fondation de la Mémoire de la Shoah en coproduction avec le Conservatoire de Strasbourg, les projections vidéos d’archives (film de propagande et film clandestin, tous deux réalisés en 1944) et des lectures d’archives sous forme musicale...

 

            Et pour clore cette année de rencontres et d’échanges, se dérouleront en septembre 2011, sous forme de visites déambulatoires dans le camp de Natzweiler, des lectures des textes de Charlotte Delbo, ancienne déportée à Ravensbrück et Auschwitz. Une autre manière de (re)découvrir le seul camp de concentration de France... et d’appréhender l’histoire aujourd’hui.

 

Du 5 février au 2 octobre 2011 : à Strasbourg, Erstein, Colmar, Cernay, Uffholtz et au Centre Européen du Résistant déporté (ancien camp de Natzweiler, au Struthof).

 

Programme complet sur http://www.rodeodame.fr

 

 


 

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Lundi 31 janvier 2011 1 31 /01 /Jan /2011 14:59

 

 

Alors que le premier Forum européen de bioéthique va s’ouvrir à Strasbourg, la commission des affaires sociales du Sénat a ajouté un amendement vidant le contenu du premier article de la proposition de loi légalisant l’euthanasie.

 

Chef du service d’oncologie de l’hôpital Pasteur (Colmar) depuis 1983, président de la Ligue contre le cancer du Haut-Rhin et fondateur de l’antenne haut-rhinoise de Jalmalv (« Jusqu’à la mort, accompagner la vie »), le Dr Bruno Audhuy revient sur la loi Leonetti, votée en 2005. Il dresse au passage un état des lieux des soins palliatifs.

 

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Bruno Audhuy, chef du service d'oncologie de l'hôpital Pasteur / (document remis)

 

 

Dans votre vie de médecin, avez-vous déjà rencontré des situations d’euthanasie ?

Oui. Dans les années 70, quand j’ai commencé à travailler dans les hôpitaux, les médecins ne se posaient pas beaucoup de questions sur le droit à mourir. La pratique habituelle consistait à provoquer délibérément le décès de patients en grande souffrance qui étaient en fin de vie. On leur injectait alors un mélange létal qui provoquait le décès en quelques minutes. Voilà ce qui était préconisé par la Faculté et les plus grands patrons.

 

Il y avait donc une pratique d’euthanasie connue chez les médecins, dont on ne parlait pas ?

Oui. De plus, ces euthanasies étaient pratiquées sans demander l’avis des patients ni des familles : les médecins considéraient qu’ils fallait mettre fin aux souffrances coûte que coûte.

Mais inversement, il existait aussi ce qu’on appelle aujourd’hui « l’acharnement thérapeutique ». C'est-à-dire que lorsqu’un patient arrivait, nous devions le réanimer, sans prendre en compte les chances de guérison ou l’âge du malade. On devait tout faire pour le maintenir en vie sans se demander si cela était vraiment nécessaire ni même possible. Car tout en s’acharnant, on savait très bien que le patient allait mourir dans les heures qui suivraient.

On avait donc là deux attitudes de toute-puissance médicale : tout faire pour maintenir le patient en vie ou au contraire décider de provoquer sa mort pour mettre fin à ses souffrances.

 

Comment expliquer que depuis 10 ans, des parlementaires de droite comme de gauche déposent régulièrement des propositions de loi permettant l’euthanasie sous certaines conditions ? Pourquoi l’euthanasie est-elle aujourd’hui un débat public alors qu’on n’en parlait pas tout en la pratiquant il y a 20 ou 30 ans?

Premièrement, cet acharnement thérapeutique était une source de souffrances terribles pour le malade et pour ses proches : c’était véritablement une agression perpétrée à l’encontre de quelqu’un qui, de toute façon, allait mourir.

Ensuite, pratiquer l’euthanasie sans le dire avait quelque chose de profondément hypocrite et irrespectueux de la personne malade. C’était aussi très pénible pour les soignants qui considéraient que le médecin s’arrogeait des droits qu’il n’avait pas. Et en effet, le code de déontologie médicale interdit à tout thérapeute de provoquer délibérément la mort d’un malade dans le but de le libérer de ses souffrances…

L’Association pour le droit à mourir dans la dignité (ADMD) a beaucoup milité contre l’acharnement thérapeutique et pour que les patients en fin de vie aient le droit de bénéficier d’une mort douce. Là où l’ADMD se distingue d’autres associations comme Jalmalv, c’est sur le rôle du médecin dans le décès du malade. Les « pro-euthanasie » réclament que le médecin obéisse à la volonté du patient et provoque le décès lui-même ; nous pensons quant à nous que le médecin doit savoir et soulager le malade et mettre fin à un traitement trop lourd quand celui-là n’est plus d’aucune utilité. Mais il n’a pas à donner la mort.

 

À partir de quand les pratiques illégales d’euthanasie dont vous parlez ont-elle changé ?

À partir des années 80 : on a beaucoup appris des hospices britanniques et canadiens qui utilisaient la morphine large manu pour calmer les douleurs. Nous avons appris à mieux maîtriser ces traitements. On s’est rendu compte qu’on arrivait à soulager des souffrances abominables qui semblaient jusque-là impossibles à supprimer autrement que par l’euthanasie. À ce moment-là, les patients ne demandaient plus à mourir, puisqu’ils étaient soulagés ! D’où la naissance des soins palliatifs qui consistent à apporter un maximum de confort aux personnes arrivant en fin de vie. Je précise que les soins palliatifs sont des soins médicaux à part entière. Simplement, il ne s’agit plus de lutter contre la maladie en espérant la vaincre mais de supprimer — ou au moins de limiter — la souffrance.

 

Les partisans d’une légalisation de l’euthanasie affirment néanmoins que la loi Leonetti, votée en 2005 à l’unanimité autorisant un « laisser-mourir » et mettant fin à l’ « acharnement thérapeutique », n’est pas suffisante pour faire face à toutes les situations. Qu’en pensez-vous, d’après votre expérience et votre proximité avec des malades en fin de vie ?

À ce jour, la loi Leonetti représente un progrès immense dans la prise en charge des patients en fin de vie. On l’a appelée la loi du « laisser mourir » : on n’empêche plus les gens de mourir et on interdit l’ « obstination déraisonnable », autre expression pour « acharnement thérapeutique ».

Laisser mourir les malades en fin de vie, ce n’est pas les abandonner. Mais ce n’est pas non plus les faire mourir : on ne provoque pas le décès. Cela permet d’abord d’avoir une relation très différente aux malades et de mieux les prendre en charge. Dans mon service, les personnes en fin de vie sont nombreuses ! Il faut aussi penser au personnel soignant, à ceux qui s’occupent des mourants. Or, cette relation n’est possible que si l’on respecte les personnes. Et il n’est pas pensable de pratiquer une euthanasie chez les patients qu’on a accompagnés comme ça.

Après 25 ans d’expérience de prise en charge palliative, je dois dire que j’ai très rarement eu à gérer des demandes d’euthanasie de la part des malades ou des familles. En parlant avec eux, on arrive à leur faire comprendre que la solution n’est pas de provoquer le décès. Comment se sentiraient-ils si, à leur demande, je provoquais la mort de leur proche ? Ne vaut-il pas mieux pour eux de rester là, en présence du patient pour accompagner ses derniers instants pendant que de notre côté, nous faisons tout ce qui est possible pour soulager ses souffrances ?

Quand nous devons faire face à des cas où le patient est en situation insupportable et que la morphine ne suffit pas à le soulager, nous proposons une sédation. Cela revient à les plonger dans un état proche de l’anesthésie générale. En pratiquant la sédation, nous parvenons à réduire l’angoisse des patients et leur douleur. Nous les réveillons quand nous constatons une amélioration. On peut ainsi leur permettre de dormir une heure ou deux, voire toute une nuit. Évidemment, il y a des cas où le patient n’a plus que quelques heures à vivre et souffre horriblement. et il arrive donc qu’il meure au cours de la sédation. La sédation se pratique toujours avec son consentement et/ou celui de sa famille ou d’une personne de confiance. Mais le patient doit être assuré que cette sédation n’a pas pour but de mettre fin à ses jours !

 

La loi Leonetti aura donc surtout permis au législateur de réaffirmer que le patient reste au centre du processus médical. De rappeler que le médecin doit avant tout rester à l’écoute de son patient, de lui expliquer son traitement et qu’il n’a plus tout pouvoir sur le malade…

Oui. Le médecin doit savoir raison garder. Il doit abandonner l’idée d’un traitement curatif face à l’évidence de l’incurabilité. C’est l’exemple de la « chimio de trop » : lorsqu’un cancérologue propose de tenter une ultime chimiothérapie alors que les précédentes n’ont rien donné et que le malade peut à peine la supporter. Souvent, cet acharnement émane de cancérologues qui ont peu d’expérience… Il faut encore lutter contre cette tendance à vouloir à tout prix tenter un traitement qui n’a plus aucune chance de réussir. La décision d’arrêter un traitement doit alors être collégiale.

 

La loi Leonetti a permis une accélération du développement des soins palliatifs : ces soins ont-ils atteint un niveau acceptable dans les hôpitaux français ?

Il est vrai que cette loi insiste beaucoup sur l’importance des soins palliatifs. Des progrès considérables ont été faits depuis 25 ans : on a créé des unités de soins, des équipes mobiles, des lits de soins palliatifs dans les hôpitaux, développé l’enseignement de la médecine palliative…

Beaucoup de moyens ont donc été mis en place, mais il en faudrait beaucoup plus. Pour le territoire de Colmar, par exemple, on ne dispose que d’une unité de soins palliatifs de 6 lits pour 320 000 habitants ! C’est clairement insuffisant. On n’arrête pas de réclamer des moyens supplémentaires qu’on nous refuse, parce que la situation financière des hôpitaux est dramatique. Il y a un obstacle économique assez évident aux soins palliatifs.

 

Du coup, certains partisans de la légalisation de l’euthanasie ne cachent-ils pas un autre argument derrière la caution morale du droit à mourir dignement ? L’euthanasie pourrait être une solution… « économique » ?

Le développement croissant des soins palliatifs a créé de meilleures conditions de prise en charge médicale : les directives anticipées, la désignation de la personne de confiance, la décision collégiale des médecins, la sédation terminale, etc. : tout cela permet de régler 99% des situations de fin de vie. Bien sûr, il existe des cas exceptionnels. Mais il faut les étudier de près avant de se prononcer. Les médias nous ont alertés sur les cas de Vincent Humbert[1] ou de Chantal Sébire[2]. Mais quand on connaît bien les dossiers, on s’aperçoit que les informations données ne sont pas toujours exactes.

À l’heure actuelle, on est confronté à une forme de lobbying « pro-euthanasie » extrêmement dangereux à mon sens. Car beaucoup de partisans de la légalisation ne sont pas les meilleurs connaisseurs du sujet et réagissent souvent de manière impulsive en pensant que c’est encore un combat d’arrière-garde que mènent certains médecins contre l’euthanasie, ou que l’évolution des sociétés voudrait que l’euthanasie soit l’aboutissement normal du processus de vie : contrôler sa mort après les naissances.

Or les hôpitaux accueillent beaucoup de malades très âgés : les soins de long séjour hébergent des personnes grabataires de 90, 95 ans, des malades atteints par la maladie d’Alzheimer. Ces personnes sont jugées coûteuses par la société et leur famille ; beaucoup se sentent inutiles. Ils sont souvent seuls : parfois, plus personne ne les connaît. Ce sont des êtres très vulnérables. Si on laissait l’euthanasie s’installer légalement, on risquerait d’avoir des comportements à arrière-pensée économique. C’est absolument certain : pourquoi garder quelqu’un dans un service pendant des mois si l’on sait qu’il va mourir ? L’euthanasie serait un moyen de réduire les coûts de la médecine.

Mais a-t-on envie de cette société-là ? Ce n’est pas un danger théorique ! Je parle des Alzheimer, mais on pourrait aussi voir l’euthanasie s’étendre aux invalides, aux malades de psychiatrie, etc. Il y a bien un risque implicite dans la légalisation de l’euthanasie. Est-ce dans cette société que nous souhaitons vivre et mourir ? Serait-ce encore une société humaine ?

 

Les médias affirment que la loi Leonetti et l’alternative qu’elle propose ne sont pas suffisamment connues des médecins et des patients. Mais aussi des citoyens qui portent un regard sur l’euthanasie de l’extérieur des hôpitaux. Est-ce exact ?

C’est vrai. Pour avoir fait pas mal d’exposés sur le sujet, j’ai constaté que les gens posaient beaucoup de questions sur ces mesures. Cette méconnaissance prouve assez bien qu’il n’y a pas eu suffisamment de communication autour de cette loi. Le lobby des partisans de l’euthanasie arrive à se faire entendre, mais les adversaires n’ont pas la même audience du public. J’ai par exemple connu un médecin généraliste qui ne savait pas comment faire pour soulager un proche de sa famille en fin de vie et qui souffrait énormément. Je lui ai dit que la loi Leonetti pouvait s’appliquer dans son cas : je me suis aperçu qu’il n’en avait jamais entendu parler ! J’ai dû lui photocopier le texte de la loi : il tombait des nues…

 Il y a un vrai défaut de communication autour de cette loi pourtant fondamentale, et qu’on attendait depuis longtemps.

 

 

Propos recueillis par Baptiste Cogitore



[1] Gravement accidenté de la route, Vincent Humbert réclame en 2003 le « droit à mourir ». Sa mère, Marie Humbert annonce son intention de l’aider, le plonge dans un coma profond après une première injection en septembre 2003. Elle est arrêtée. Aidée par le Dr Chaussoy, chef de service de réanimation où est arrivé Vincent, Marie Humbert lui prépare une injection au chlorure de potassium qui entraîne la mort du patient. Le Dr Chaussoy et Marie Humbert sont mis en examen. Un non-lieu est prononcé en février 2006. Cet événement donne lieu à un premier grand débat sur la légalisation de l’euthanasie, qui aboutit en 2005 à la loi Leonetti interdisant l’acharnement thérapeutique.

[2] Atteinte d’une tumeur rare de la face, Chantal Sébire réclame en 2008 via l’AFP le « droit à mourir dans la dignité » sans vouloir se suicider. Sa requête est rejetée par le TGI de Dijon après une importante médiatisation. Elle est retrouvée morte en mars 2008 à son domicile après avoir avalé une forte dose de barbituriques.

 

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Mercredi 1 décembre 2010 3 01 /12 /Déc /2010 09:21

 

« Une violence plus intérieure que la guerre »

 

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Le premier long-métrage de Romain Cogitore raconte l'histoire d'adolescents qui montent au maquis pour jouer les héros et épater les filles. Une autre vision de la Résistance qui en raconte des réalités moins nobles.

 

« Été 1944. François est un jeune secouriste inconscient. Son désir secret est de pouvoir coucher avec son amoureuse. Un soir, alors qu’ils sont sur le point de franchir le pas, un résistant vient leur demander de l’aide.

François monte au maquis pour impressionner la jeune fille et rejoint un groupe de quinze garçons immatures. Mais là-haut, rien ne se passe comme prévu.

La guerre les rattrape, marquant brutalement la fin d’une innocence. François se retrouve entre deux feux… »

 

Premier long-métrage de Romain Cogitore (25 ans), « Nos Résistances » plonge dans une histoire intime où l’Histoire percute de plein fouet les personnages. Le film est né à partir d’une image : « la photo du groupe de maquisards où se trouvait mon grand-père au même âge que moi. Il posait avec une quinzaine de garçons regardant l’objectif. C’était une image saisissante : des jeunes gens vivant une vie d’aventuriers dans la forêt pouvaient donner naissance à une dramaturgie très forte », explique-t-il.


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Romain Cogitore s’intéresse donc plus aux hommes qu'à l'Histoire : son dernier court-métrage, Des Hommes, mettait en scène deux jeunes garçons un peu fous jouant les durs dans un mini maquis à deux. La guerre, le maquis en deviendraient presque anecdotiques : « ce qui m’intéresse, c’est une violence plus intérieure que la guerre », annonce le réalisateur. « Une violence masculine archaïque, empreinte de sexualité, de bestialité. Et le maquis n’en est finalement qu’un condensé explosif ».

Loin du mythe « résistancialiste » et des images de livres d’histoire, « Nos Résistances » décrit une réalité peu glorieuse des maquisards, étayée par des recherches et des témoignages au cours de l’écriture du film. Avec François (alias « Racine »), on y découvre des jeunes gens peu politisés, arrivés au maquis pour échapper au STO ou par vantardise, pour épater les filles, des maquisards juifs subissant l’antisémitisme au sein même des maquisards… « J'ai voulu aborder la période 1944 comme un dialogue entre les générations », précise Romain Cogitore, qui a choisi de faire répondre au quatuor qui compose la BO du film (signée Mathieu Lamboley et Booster) des compositions hip-hop. Contraste et décalage assumés, donc.


 

Si le maquis de « Nos Résistances » n’est pas situé géographiquement, Romain Cogitore a tenu à tourner le film en Alsace et dans les Vosges : « Ce n’est pas une toile de fond : il s’agit avant tout d’univers et de puissance d’imaginaire. La beauté de ces paysages, les cicatrices des guerres et les traces qu’elles ont laissées dans le relief de certains champs m’inspirent. Filmer dans le massif vosgien, c’est le désir d’emmener les gens chez moi », explique le réalisateur originaire de la vallée de Kaysersberg. Les jeunes « héros » du film se battent pour cette terre, ou plutôt pour ces paysages.


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Site officiel du film « Nos Résistances »

Sortie nationale le 5 janvier 2011

Avant-première le 4 janvier à Strasbourg, cinéma Star (20h), en compagnie du réalisateur.

Avec : François Civil, Grégoire Colin, Grégory Gatignol, Jules Sitruk, Michel Vuillermoz, Jules Sadoughi, Juliette Lamboley, Augustin Legrand, Anne Benoît.

Durée : 1h26

Distribution : Shellac

 

 

 

 

 

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