A l’affiche de l’opéra national du Rhin : Jephtha. Programmée sur le site de la place Broglie, dans le beau théâtre à l’italienne strasbourgeois, les chanteurs et musiciens se sont retrouvés à Marmoutier, dans la périphérie
de la ville, à plus de vingt kilomètres tout de même, afin que les chants ne s’élèvent pas plus fort que les maigres applaudissements des pantins otanisés.
Quand l’OTAN arrive à Strasbourg, c’est la région entière qui tremble.
On se souvient du G8 à Gênes, de la mort d’un de ces jeunes manifestants ; il protestait contre l’armée mondiale partant en
guerre, elle ne l’a pas vu sur son sillon et l’a passé sous chaînes, il
est mort sous ses pas métalliques.
La foule aura eu beau pleurer, le jeune homme n’est pas revenu.
La foule aura eu beau hurler, le G8 n’a pas entendu.
Aujourd’hui, que reste-t-il aux habitants pour manifester ? Les cimetières ! Funeste proposition, et pourtant, elle est sérieuse. Tous les lieux de la
ville auront été fermés pour l’occasion.
Les magasins se devront d’être déserts, pour que ces dignitaires, hauts, puissent se photographier devant notre cathédrale. Le patrimoine se partagera, pourquoi pas
les discussions ?
Non, ils monopoliseront la parole, pendant que le seul lieu dans la ville encore accessible sera un cimetière.
Les piscines seront vidées : on craint les débordements, et les vagues.
Les écoles, collèges, lycées, IUT, Université, prépas : notre éducation sera bâillonnée pour nous empêcher de penser ce jour-là. Mais les militants peuvent
aussi être des êtres pensants, indépendants. Ils peuvent penser leurs actes, et même, bien souvent, c’est parce qu’ils réfléchissent qu’ils agissent, qu’ils scandent des slogans, qu’ils écrivent
des banderoles et qu’ils marchent dans les rues de la ville. Ils ont réfléchi ? Ca alors !
Les rues sont
ainsi classées en zones orange et rouge ; les habitants sont priés d’avoir un badge nominatif, ainsi qu’un macaron autocollant à déposer sur le pare-brise de leur voiture. Voiture qui, je
vous le rappelle, ne pourra pas emprunter l’autoroute, ni les départementales, ni les rues, puisque qu’une « ceinture de sécurité » a été dessinée tout autour de la
ville.
Les Strasbourgeois sont priés de rester enfermés chez eux, la ville est ainsi euthanasiée une semaine si l’on prend en compte les bâtiments universitaires fermés
dès le 28 mars 2009 alors que le sommet de l’OTAN ne commencera que le 3 avril.
Les Strasbourgeois sont aussi priés d’accueillir un à deux snipers sur leur balcon, toit ou fenêtre. Cela n’est pas une proposition du gouvernement et de l’armée,
voyez-y là tout au plus une collaboration, et encore, le strasbourgeois en zone rouge n’aura pas le choix, puisqu’il se verra expulsé de chez lui et relogé ailleurs pour plus de sécurité.
Les plongeurs ont longé les berges du Rhin, ils ont fouillé avec soin tous les fonds strasbourgeois ; ils n’ont toujours pas trouvé Assan, noyé cet automne
dans le Rhin, près du quai des bateliers, en face des bars péniches. On met plus de soin et d’hommes pour une cravate et des dents acérées, que pour un gamin des rues, que pour un jeune
adolescent.
La pâtisserie Christian, place de la cathédrale, a annoncé qu’à « quelques jours de Pâques, ce sommet de l’OTAN allait les couper de leur clientèle, et cela
allait leur coûter bonbon. »
Le plan de sécurité de la ville n’ a pas été divulgué, de peur que les 50 000 altermondialistes attendus à Strasbourg-Sud, au village autogéré ne prévoient de
mauvaises actions.
Sur la place forte, les CRS préparaient leurs gaz lacrymogènes, et leurs matraques, leurs lances à eau et leurs menottes, les boucliers levés.
La garde républicaine quant à elle est venue prendre ses quartiers dans les Haras de Strasbourg.
Tous semblent sur le pied de guerre.
L’OTAN est une machine de guerre, qui n’a plus lieu d’être. L’OTAN a pu un jour avoir une légitimité, bien controversée certes, mais une légitimité tout de
même ; à présent, il s’agit de jouer à la guerre contre le reste du monde et de placer des forces ici ou là.
J’ai reçu mon badge orange hier, je ne suis qu’en zone orange : semi exposée. Mais ma ville entière est prisonnière, kidnappée par cette armée autoritaire qui
hurle dans mes rues.
Notre maire, Roland Ries, nous a écrit une lettre, à nous, habitants de Strasbourg, pour nous demander de respecter le protocole et les aménagements et dispositions
prises. Quelles mains se cachent derrière celle qui a écrit ces lignes ?
Un Strasbourgeois a décidé de sortir son drapeau PAIX aux couleurs de l’arc en ciel : il s’est vu sommer par la police de l’enlever et de le livrer à la police. Quel état est-ce, cet état
qui interdit de prôner la paix ?
Roland Riess a repris la parole à ce sujet, et a dénoncé les abus de pouvoir ; nous habitons une ville démocratique tout de même !
Les Strasbourgeois pourront donc fermer portes et volets de leur maison, elles seront gardées par des professionnels, et pourront donc se rendre au village autogéré
pour un week-end en périphérie de leur vie, de leur ville, et de leur lit.
Néanmoins, une poignée de Strasbourgeois, sélectionnés dans la zone rouge, auront le privilège d’aller rencontrer Obama et de lui parler.
-Hello Mister President. Nice to meet you. It’s a pleasure for me to see you. I
love USA and I love Michelle, ma belle. You know the song? If you want to discover the city, I can be your guide…
Mais qui
parlera de sa ville retenue prisonnière ? Des enjeux internationaux de cette réunion ? Qui saura dire :
- Shit ! Your meeting is a shit ! What are you
thinking about our city? Nice? And what are you thinking about this dungeon keeper? We are break, we are prisoner. And the world? All is business and army?
Notre président, ou le président de notre république plutôt, ne nous écoute pas, ,il refuse de lire nos pancartes, de voir notre masse dans les rues, d’entendre nos
propositions. Il applique, impose, délègue, resserre, attaque, hurle, serre son poing, remet sa cravate, sourit, ordonne, salue, signe, appelle, re-signe, re-met sa cravate, prend l’avion, serre
une main, change de cravate, il agit ! On l’a élu pour agir, alors il agit. Mais oui, Melle Laurence Ferrari, bon, vous êtes passée sous mon bureau soit, ce sont nos dossiers personnels,
vous passerez à l’Elysée quand Carla n’est pas là pour que je vous signe tout ca. Mais Melle Laurence Ferrari, il faut agir. Vous me posez une question, j’y réponds : j’agis.
Le président quitte l’émission télévisée, il n’aura pas répondu à la question, il détache son micro cravate, le tend à un caméraman, avant de chuchoter un
« vous me faites tous chier », et de monter dans sa voiture noire et de disparaître derrière ses vitres teintées.
Bienvenue au sommet de l’OTAN ! La ville et la communauté urbaine de Strasbourg sont heureuses de vous accueillir pour cette réunion au sommet. Nous recevons
aujourd’hui même sur le sol alsacien : Angela Merkel, Barak Obama, Nicolas Sarkozy, et bien d’autres. On ne les nommera pas les autres, car les Français ne les connaissent pas. Il faut citer
les têtes d’affiches. C’est comme aux Eurockéennes finalement, tu cites les groupes chers, les autres, ca remplit l’affiche, au-dessus des logos.
La ville et la communauté urbaine de Strasbourg sont heureuses de vous proposer leur bretzel, leur coca-Lisbeth, leur choucroute
garnie, et leur riesling. A droite, la cathédrale, à gauche, la rue principale qui a été évacuée pour l’occasion. On a remplacé les habitants par des CRS déguisés en civil ; seul détail : la matraque qui pend de côté, sous leur jupe
lorsqu’ils mangent une glace.
Que la fête commence !
Strasbourg, 28 mars 2009, C.A
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