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Lundi 15 mars 2010 1 15 /03 /Mars /2010 09:42

 

L’Appel des appels est relayé en Alsace par le comité local l’Appel des appels 67.

Ce mouvement, « pour une insurrection des consciences », rassemble les professionnels du soin, du travail social, de l’éducation, de la justice, de l’information et de la culture, pour dénoncer les dérives de la politique de réformes entreprise par l’Etat.

Le Comité local de Strasbourg, à l’issue de deux temps de rencontre avec le public en 2009, prépare actuellement une nouvelle manifestation
 

Présentation par Roland Gori du livre de l’Appel des appels

Pour une insurrection des consciences

(paru en novembre 2009 sous la direction de Roland Gori, Barbara Cassin et Christian Laval)

 

Librairie Kléber-Strasbourg

20 Mars 2010, 14h
 

Ce livre présente des témoignages de différents professionnels qui font état des ravages de la politique menée actuellement. Cette rencontre permettra à tous de comprendre mieux les conséquences de cette politique par le biais, aussi, de l’analyse des outils qu’elle utilise pour mener à bien ce « véritable saccage de nos missions et de nos pratiques professionnelles », de même que la grande « souffrance sociale » qui en est issue.

 

Discussion

 A l’issue de la présentation du livre par Roland Gori, une discussion portant sur trois thèmes permettra d’aborder quelques unes des stratégies mises en œuvre pour mener à bien ces réformes :
 

Les libertés individuelles en danger

discussion animée par Josiane et Stéphane Favret 

 Face à la volonté évidente de mise en œuvre d'un projet de société autoritaire, avec une conception verticale du pouvoir, il nous faut résister à ce qui ressemble à un mouvement de restriction des libertés, et de la démocratie, dans tous les domaines (presse, santé, éducation, politique d'asile, réformes territoriales, administration de l'Etat, justice, développement des fichiers et de la vidéosurveillance..). Les textes et les pratiques liberticides se multiplient sous prétexte de réponse à un populisme sécuritaire.

 

"Nov langue", idiomes et langue du pouvoir

discussion animée par François Jouan et François Giordani

 

 
" On ne parle plus aujourd'hui de "folie", mais de "pathologies mentales", de "lutter contre la précarité" mais de "favoriser la cohésion sociale", de "lutter contre l'échec scolaire" mais  "d'agir en faveur de l'égalité des chances"…

 

Une illustration récente de Charb faisait dire à un patron : " ne dites pas travailleur, çà désigne quelqu'un qui agit, qui fournit un effort...dites plutôt salarié, çà désigne quelqu'un de passif, qui touche un salaire..."
Que se cache-t-il derrière des discours et des raisonnements soit disant modernes, qu'ils soient emprunts de "bon sens", de "sagesse populaire", voire cautionnés par des vérités "quasi-scientifiques?"
Comment les déconstruire, les " mettre à nu", voire s'en servir pour résister ?"

Evaluation-chiffrage nouveau dogme (ou nouvelle religion)

discussion animée par Serge Lesourd et Nicole Schauder

L'évaluation, base de tout travail avec l'autre depuis toujours, est devenue le nec plus ultra de la logique scientiste et économique qui préside aux décisions politiques. Ce remplacement de la "polis", le bien humain collectif, par le chiffrage impose de repenser une "humanisation" du politique. Résistance et insurrection iraient-elles de pair ?

// Texte : document remis
 

Par BC - Publié dans : politique
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Vendredi 12 mars 2010 5 12 /03 /Mars /2010 22:47

 

Une expérience (presque) commune

 Image-2-copie-6.png


Il y a un an, Strasbourg « accueillait » quelque 30 chefs d’État, des milliers de manifestants, CRS et journalistes. Le sommet de l’OTAN impliquait, pour les Strasbourgeois, la segmentation de la ville en « zones rouges » et « zones orange », selon le degré de filtrage des citadins. Présentée à la galerie « Chambre à part », l’exposition « OTAN d’images » revient sur une expérience à bien des égards traumatisante
.

 

À-côtés

Huit photographes ont « couvert » le sommet de l'OTAN, à titres divers : Vincent Kessler (pour l’agence Reuters), Pascal Bastien (photojournaliste indépendant pour Libération), Benoît Linder (pour l’agence French co.), Christian Lutz-Sorg (pour Associated Press et les DNA), Éric Vazzoler (pour l’hebdomadaire allemand Stern), Philippe Paret, Pascal Koenig et Vincent Hanrion (photographes indépendants). La plupart d’entre eux n’ont présenté que deux ou trois images de leur travail : une sélection qui traduit la volonté de montrer moins les affrontements spectaculaires que les à-côtés de l’événement. Ainsi la photo panoramique, prise par Benoît Linder (« le 4 avril, à 10h30 du matin »), donne à voir la Place de l’Homme de Fer complètement déserte, mise à part une promeneuse égarée. Ou les deux clichés de Vincent Hanrion, qui révèlent des rues sans véhicules, barrées par les CRS. Le travail le plus surprenant est peut-être celui de Philippe Paret, dont la série de photos en noir et blanc et format carré oscille entre le reportage et l’expérimentation surréaliste. Comme la photo prise par Pascal Bastien où deux gardes mobiles menottent une jeune fille apparemment inoffensive, dans un no man’s land boisé. Néanmoins, les affrontements ne sont pas absents de l’expo : CRS tirant au flash-ball sur une cible invisible (Vincent Kessler), gros plan sur des mains en sang d’un manifestant menotté (Christian Lutz-Sorg) sont autant d’images qui, avec les photos enfumées de Philippe Paret, attestent la violence de ces journées d’avril 2009.
 

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©Benoît Linder 

 


Un rêve éveillé

Certains photographes ont fait leur métier de reporter. D’autres ont pris des clichés au hasard de leurs déambulations (hypercontrôlées) dans la ville baignée dans une atmosphère toute particulière. Pascal Koenig explique ainsi : « Nous étions comme dans un rêve : un rêve éveillé. J’habite Neudorf : le quartier était devenu méconnaissable. J’avais le sentiment d’être dépossédé d’un espace. » Ses clichés, présentés par paires, montrent d’un côté les manifestants, de l’autre les forces de l’ordre. D’un coup d’œil, le visiteur saisit la disproportion des mesures sécuritaires : CRS en tenue de combat à côté d’un badaud qui prend des photos. Le crâne lisse d’un jeune anar’ contre le casque bleu marine d’un officier de police, flash-ball à la main.


 Image-3-copie-2.png

 

 

©Philippe Paret

"Déni de démocratie"

 

A posteriori, les auteurs reviennent sur leur expérience de preneurs d’images. Vincent Hanrion, le plus jeune photographe exposé à « La Chambre », témoigne : « J’ai l’impression que nous sommes passés complètement à côté de la dimension politique et diplomatique que représentait ce sommet. Ces journées ont été pour moi un cours magistral sur ce qu’on retient d’un tel événement, dans la presse et les autres médias : on a oublié que la plupart des manifestants étaient des pacifistes qu’on a empêché de manifester à cause de quelques anar’. » Comme Pascal Koenig, il affirme que ses photos ne révèlent aucun parti pris : « Au départ, je ne voulais pas sortir mon appareil. Mais c’était plus fort que moi. C’est un acte qui s’est imposé de lui-même. Parce qu’il y avait clairement un abus d’autorité, un déni flagrant de démocratie. » Certes : ici comme ailleurs, la sécurité a primé la liberté, dirait-on. Et la photographie de témoigner de ses abus.

 

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©Pascal Koenig
Impressions / "Zone occupée"

 

Parmi les nombreux visiteurs présents au vernissage de l’exposition (le 5 mars), beaucoup se souviennent de détails oubliés : les détours interminables pour rentrer chez eux en montrant patte blanche et pass orange (ou rouge, pour les plus malchanceux) ; les CRS venus de Brest ou Dijon, incapables d’orienter les habitants perdus dans un Strasbourg transformé. D’un visiteur à l’autre, un aperçu impressionniste se dessine : « Pour moi, dit une dame, le sommet de l’OTAN fut celui de la vacuité, la désertion d’une ville. Au sens propre, nous n’avions plus le "droit de cité" : la cité ne nous appartenait plus. » Comme le dit Benoît Linder, « Une ville assiégée n’est plus que l’ombre d’elle-même, comme Strasbourg avant la Libération, il y a 60 ans. » — ou au moment de son évacuation à Périgueux, en septembre 1939, quand elle était livrée à l’armée française. Les tags anti-OTAN dessinés sur le sol de la ville indiquaient d’ailleurs « Zone occupée ». Comme un écho à une autre histoire…

 

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©Vincent Hanrion
Débriefing post-traumatique

 

Plus la soirée du vernissage avance, plus l’exposition « OTAN d’images » ressemble à un débriefing post-traumatique, une cellule de soutien psychologique, presque. Ceux qui n’ont pas vécu le sommet disent avoir du mal à se rendre compte de l’impact : « C’est assez étonnant d’entendre les gens en parler : les images ne donnent pas vraiment l’impression de chaos. C’est plutôt le mélange entre paroles et photos qui permet de se mettre dans la situation. » disent Maud et Lolita, récemment installées à Strasbourg. Finalement, l’« OTAN », c’est un peu comme un concert de U2 : il y a ceux qui disent « nous y étions » et les autres. Et entre eux, une espèce d’incommunicable que les images parviennent à peine à dépasser. Mais le mérite de l’exposition est bien de susciter des réactions autour d’une expérience (presque) commune.

 

// Jusqu’au 4 avril 2010
les vendredis, samedis et dimanches de 15h à 19h
ou sur rdv au 03 88 36 65 38 

« Chambre à part », 27 rue Sainte Madeleine
(entrée libre, par la rue du Fossé des Orphelins)

 

+ écouter quelques réactions des visiteurs, le soir du vernissage de l’exposition.




article publié sur plan-neuf

Par baptiste cogitore - Publié dans : exposition
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Dimanche 7 mars 2010 7 07 /03 /Mars /2010 10:13

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Dans cette comédie lyrique qu’il aimait à appeler lui-même « ballet bouffon », Jean-Philippe Rameau (1683-1764) donne au théâtre lyrique une petite pépite de jubilation. Après ses succès dans le genre noble (
Hippolyte et Aricie, Castor et Pollux), il met en effet en musique une satire à l’humour caustique et dérangeant, mêlant les genres les plus divers avec une virtuosité inconnue jusqu’alors sur une scène lyrique.

Héritier des
Grenouilles d’Aristophane, des Dialogues de Lucien, autant que des hautes œuvres de la Renaissance (on pense à L’Éloge de la folie d’Érasme) et des ineffables soties du Moyen-Âge, le tout dans une musique d’une inventivité unique et d’une richesse éblouissante, Platée est assurément l’un des plus incroyables coups de génie de l’opéra français.
Au royaume de Bacchus, Thespis (l’inventeur de la comédie) est réveillé par les Satires, Ménades et d’autres vendangeurs. À leur demande, il acdepte de leur fournir un nouveau divertissement, mais sans ménager personne. Thalie, Momus et l'Amour prêtent leur concours au sujet : les amours comiques de Jupiter. Cithéron suggère que Jupiter feigne l'amour pour la nymphe ridicule qui règne sur le marais et Mercure, enchanté, remonte au ciel.
La nymphe des grenouilles, la grotesque Platée, paraît, cherchant qui pourrait la consoler de sa solitude…

Direction musicale 
Christophe Rousset / Mise en scène Mariame Clément
/ Chorégraphie
Joshua Monten /
Décors et costumes
Julia Hansen / Lumières
Reinhard Traub /
Dramaturgie
Clément Hervieu -
Léger / Thalie, La Folie Salomé Haller / Thespis, Mercure Cyril Auvity / Momus, Cithéron Evgueniy Alexiev /  L’Amour, Clarine Céline Scheen / Platée Emiliano Gonzalez-Toro / Jupiter François Lis / Junon Judith Van Wanroij / Satyre Christophe Gay / Les Talens Lyriques / Ballet de l’Opéra national du Rhin / Chœurs de l’Opéra national du Rhin

//
Strasbourg - Opéra ven 12 mars 20 h /  dim 14 mars 15 h /  mar 16 mars 20 h  / jeu 18 mars 20 h /  sam 20 mars 20 h / lun 22 mars 20 h
//
Mulhouse - La Sinne dim 28 mars 15 h / mar 30 mars 20 h

+
RENCONTRE avec Christophe Rousset et Mariame Clément animée par Christian Fruchart

Strasbourg - Opéra
jeu 11 mars 18 h 30.
(Entrée libre)


Texte : d'après documents remis
Dessin : Niko 
Publié dans : musique
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Jeudi 4 mars 2010 4 04 /03 /Mars /2010 10:53

Décalée

Passée de l’illustration jeunesse à la bandes dessinées, Anouk Ricard  sort le premier tome d’une nouvelle série, Patti. Qu’elle s’adresse aux enfants ou pas trop, comme avec son Commissaire Toumi, la Strasbourgeoise venue du Sud s’exprime en un style hypernaïf et déjanté. Portrait d’une auteur décalée.

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À lire Anouk Ricard, on s’attend à rencontrer une fille gentiment déjantée, comme ses personnages. En fait, l’auteur d’
Anna et Froga
est une femme réservée — pour ne pas dire timide —, pas du tout survoltée. Presque mélancolique. D’où lui vient alors ce côté décalé qui fait osciller ses histoires entre Mimi-Cracra et les Happy Tree-Friends ? Car l’auteur marie volontiers la naïveté du dessin et des dialogues à une forme de cruauté larvée, qu’elle écrive pour les enfants ou pour des lecteurs plus âgés. Ce (faux) clivage des publics pose parfois quelques problèmes.

Prenons le cas du Commissaire Toumi (Sarbacane, 2009), cet inspecteur mi-Colombo, mi-Canardo au visage de cabot toumi-gnon. Il n’en faut pas plus pour que d’innocents pères offrent à leur enfant cette bande dessinée apparemment gentillette. Or le tabagique Toumi et son débile d’adjoint Stucky traquent les meurtriers, usant d’un vocabulaire un peu limite pour un lectorat de moins de 12 ans… "Mais ça dépend de leur éducation", précise-t-elle. "L’éditeur avait bien insisté pour que je soigne la couverture de l’album en mettant quelque chose de violent, pour éviter que les parents m’écrivent des mails. Comme celui que j’ai reçu dernièrement d’un papa (le cas est unique) m’expliquant que son garçon de 7 ans faisait des cauchemars après la lecture de Commissaire Toumi !". À la décharge de l’auteur, sur la couverture du premier tome (Le Crime était presque pas fait), Toumi fume une clope en regardant un cadavre baigner dans une flaque de sang, un flingue à ses côtés…

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Ce décalage entre naïveté et cruauté a plu à Pierre-Alain Bloch/Piano : le créateur de la série Avez-vous déjà vu ?, lui a proposé de participer à l’animation de l’épisode: Un film d’horreur de bonbons. Anouk avait déjà expérimenté l'animation en adaptant Anna et Froga à l’écran. Néanmoins, on reste quand même loin du trash des petits animaux amis-de-l’arbre-heureux. Durant ses études, Anouk dessinait des personnages à tête de monstres (mais toujours rigolos), assez loin du petit monde qu’on lui connaît. Si l’humour de ses livres n’est pas si noir, c’est peut-être parce qu’une fois sortie diplômée des Arts déco de Strasbourg en 1995, elle s’est d’abord tournée vers l’illustration pour la jeunesse avant d’arriver à la bande dessinée. Et dans les publications pour les enfants, pas question de dessiner n’importe quoi : "Un jour, le directeur d’une collection jeunesse m’a appelé, très gêné, en me disant que le nez de mon personnage ressemblait un peu trop à un zizi !". Anouk Ricard a donc dû réfréner les pulsions de son subconscient et maîtriser son coup de crayon. Après avoir publié un bon nombre de livres pour le jeune public, elle s’est mise à la BD en lançant sa première série, Anna et Froga, chez Capsule cosmique, le mensuel de BD jeunesse (2004-2006) dirigé par Gwen de Bonneval.

Son dessin y est simplifié à l’extrême, comme les dialogues. C’est peut-être à cause de ses lectures d’enfant : se souvenant avoir sauté les pages des albums d’Achille Talon où il y avait trop de texte quand elle était petite, elle a voulu éviter le même ennui à son lecteur. Et depuis le jour où elle a lu son premier Fluide Glacial, elle a toujours aimé Goossens, dont elle a peut-être hérité l’humour. Comme celui de son amie Lucie Durbiano,  "mais j’ai un dessin beaucoup plus naïf que le sien !" dit-elle en souriant. Devenue adulte, la lectrice suit de près les travaux de L’Association et adore Trondheim, Lisa Mandel, Blutch, ou la saga des Donjon. Plus alternative, elle s’intéresse beaucoup au travail de L’Institut Pacôme et du fanzine Écarquillettes, deux groupes issus, comme elle, des Arts décos. "Quand je suis sortie de l’École, il n’existait aucun collectif de BD ici. Dans ce milieu, il est important de travailler ensemble, de se soutenir et de se conseiller. Je pense que c’est cette absence de groupe qui a fait que je me suis tourné vers l’illustration. On m’avait dit que c’était plus facile et moins risqué… " 

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C’est son passage par l’illustration qui a peuplé d’animaux son univers, mais seule la bande dessinée la passionne vraiment. Gwen de Bonneval, devenu entre temps directeur de collection chez Sarbacane, publie sa série Anna et Froga : trois tomes, un quatrième en préparation. Elle vient de commencer Patti, chez Gallimard, destinée elle aussi à la jeunesse, mais absolument ouverte aux adultes qui apprécient son univers loufoque. Patti est une petite fille qui en a marre d’être bien sage chez les grands. Un jour, elle clique sur un pop-up de son écran et rapetisse à la taille d’une fourmi. La voilà donc perdue dans un monde hostile où les fourmis doivent combattre un méchant pou gourou d'une dangereuse secte. On se demande parfois si ce n’est pas Anouk elle-même qui a envie de rapetisser dans le monde qu’elle invente : "Quand on écrit pour la jeunesse, il faut se dépêcher : les lecteurs grandissent trop vite !". Au moins avec les adultes, il est trop tard ! Pour ceux-là, elle aimerait bien écrire un nouvel album rapidement (un deuxième Toumi chez Sarbacane ? autre chose chez Bayou-Gallimard?) "Mais avec le tome 2 de Patti et le tome 4 d' Anna et Froga, je n'aurai probablement pas le temps...". Entre deux albums,  elle se balade et voit du pays : elle était à Angoulême pour la deuxième fois cette année, dédicace régulièrement à Strasbourg ou ailleurs, et participera aux rencontres graphiques franco-belges à la Maison des Métallos (Paris), organisée par l’Articho. Engagée sur tous ces fronts, elle a dû suspendre ses activités musicales dans le groupe d’électro-pop minimaliste « Frouky », qu’elle espère reprendre dès que possible.

killo anouk

La bande dessinée engagée, politique et intello ne l’intéresse pas : "
Je ne suis pas une militante. Je ne mène aucun combat !"
, dit-elle. Ce qu’elle vise avant tout, c’est l’amusement de son lecteur, ce que Toumi réussit plutôt bien. La défense d’une « bédé féminine » la laisse froide, même si elle reconnaît que les dessinatrices sont moins nombreuses que les hommes (11 femmes sur 100 en 2009, selon Thierry Groensteen). Impliquée dans la mini polémique de La Maison close, travail collectif proposé par Ruppert et Mulot l’an dernier à Angoulême, elle s’était dessinée sous les traits d'une chienne (elle avoue que c'est d'ailleurs souvent comme ça qu'elle se représente) dans le bordel imaginaire des dessinateurs/trices, passant entre les mains de Killofer qui lui dessinait un sexe avant de le lécher… Pour elle, les sycophantes défenseurs de l’image de la femme qui ont attaqué le projet de Ruppert et Mulot (d’abord en version web et aujourd’hui disponible en version papier) se sont plantés : ils ont lu La Maison close au premier degré, c’est-à-dire sans humour. "C’est la fameuse question du peut-on-rire-de-tout : dans ce projet, nous n’avons pas cherché à nous moquer des prostituées mais à tourner au comique l’image du bordel en l’appliquant aux auteurs de BD " En même temps, La Maison close, ce n’est pas non plus du Charlie Hebdo ! Mais l’épisode montre assez bien que les dessins enfantins d’Anouk Ricard, sous leur aspect innocent, ont parfois quelque chose de sulfureux et violent, ce qui les rend si drôles. Inutile de préciser aux parents distraits que La Maison close n’est pas ouverte aux enfants…

 

Baptiste Cogitore


Photo : © Pascal Koenig
article paru sur Plan-neuf 

Par Baptiste cogitore - Publié dans : rencontre
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Mercredi 3 mars 2010 3 03 /03 /Mars /2010 20:22

Initié en France par Peggy Derder, Nadir Dendoune et Nadia Lamarkbi, le mouvement s’inspire de celui des Latino-Américains (en 2006) pour manifester l’importance des immigrés dans la richesse d’un pays. D’après les fondateurs, les propos tenus par Brice Hortefeux, lors de l’université d’été de l’UMP en 2009 ont été « la goutte d’eau qui a fait déborder le vase ».

Photo




 De dimension européenne, la "Journée sans immigrés : 24h sans nous"  s’est déroulée à Paris et dans quelques grandes villes de France (3 000 à Paris et 7 000 dans tout le pays selon divers webmédias), en Espagne, en Italie (20 000 rien qu’à Naples, où de grandes associations ont coordonné le mouvement) et en Grèce — malgré la crise économique que subit le pays. Des sans-papiers étaient aussi présents dans les différentes manifestations.

 La date du 1er mars a été choisie en référence au «code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile» (CESEDA), plus communément appelé le code des étrangers, entré en vigueur le 1er mars 2005. Le principe : passer une journée sans rien consommer pour démontrer l'importance des immigrés dans la croissance d'un pays.

Ils étaient entre 50 et 70 à manifester sur la Place Broglie, lundi dernier. Abbès Benharrat, le principal organisateur du mouvement à Strasbourg et la CALIMA (Coordination alsacienne de l’immigration maghrébine) espèrent un taux de participation plus élevé l’an prochain. Le collectif appelait à la mobilisation dans le manifeste suivant (extraits) :

[…] Nous, femmes et hommes, de toutes croyances, de tous bords politiques, et de toutes couleurs de peaux, immigrés, descendants d’immigrés, citoyens conscients de l’apport essentiel de l’immigration à notre pays, en avons assez des propos indignes tenus par certains responsables politiques visant à stigmatiser ou criminaliser les immigrés et leurs descendants. Rappelons qu’un immigré est celui qui est perçu comme tel par les autres au-delà même de ses origines. Nous voulons nous réapproprier et réhabiliter ce terme devenu péjoratif par la force de l’instrumentalisation politique.

Nous refusons les stéréotypes véhiculés qui menacent notre cohésion sociale. Nous refusons que les bienfaits passés, présents et futurs des immigrés qui ont toujours construit la France soient ainsi niés d’un trait. Et entendons par ailleurs qu’il nous appartient de les mettre en valeur.

[…] Aujourd’hui, puisqu’il est convenu que « la consommation est le moteur de la croissance », nous voulons agir sur ce levier pour marquer notre indignation.

[…]Nous, immigrés, descendants d’immigrés, citoyens conscients de l’apport de l’immigration à notre pays, sommes tous des consommateurs et nous participons quotidiennement à la croissance de notre pays.

Notre action citoyenne a pour objectif la mise en valeur de l’apport de chacun d’entre nous à la prospérité générale. […]

Pour la première fois en France, nous décidons de ne pas participer à la vie de la Cité. Par cette absence, nous voulons marquer la nécessité de notre présence.

 Interrogé lors du Talk Orange/Figaro, le ministre de l'Immigration et de l'Identité nationale, Eric Besson a demandé à ce qu'on ne crée "pas des épouvantails qui n'existent pas." Il a ajouté : "ce n'est pas la peine d'inventer une stigmatisation" (sic).


Texte : Baptiste Cogitore
Dessin : © Niko
 

+ reportage de la manifestation du 1er mars à Strasbourg (Stras-TV)


Journée sans immigrés à Strasbourg.
envoyé par StrasTv. - L'actualité du moment en vidéo.

+ Le groupe « JSI » est sur facebook 

+ portraits des initiateurs du mouvement en France sur Rue 89 


Par baptiste cogitore - Publié dans : politique
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