"À bas ! À bas le second degré !"

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En cette journée placée sous le saint patronage (au sens religieux du mot, bien sûr) de Valérie, quelques centaines d'étudiants et enseignants-chercheurs manifestent dans les rues de Strasbourg en scandant de sarcastiques et ironiques slogans… Habillés — ou plutôt déguisés — en aristocrates plus ou moins guindés et grands patrons flambeurs, les hommes ("devant !") portent cravates, cigares et gilet de soie, les femmes ("derrière !") tailleurs, talons hauts et flûtes de champagne. Tout ce cortège pour attirer l'attention de celle qui veille sur eux dans son infinie et protectrice bonté : Valérie Pécresse, ministre (éponyme  de la Sainte martyre du 3e siècle, fille du duc Léocadius qui habitait à Limoges sous Caligula) de l'enseignement et de la recherche.
 

À chaque image du Président de la République — et elles sont nombreuses : Marianne, Le Point, Le Figaro en font leur "une" (car il ne faudrait pas que Valérie masquât Nicolas), on s'incline, on s'agenouille, on prie avec une extatique dévotion politique.

Ces manifs "de droite" ont le chic d'amuser les passants mais pas seulement : les CRS, les policiers esquissent parfois un sourire  quand la foule encostardée crie "CRS = tendresse !" ou "On veut des bisous ! on veut des bisous !" ou encore "Les policiers sont nos amis !" ; ils prennent un air absent quand ils entendent : "Nous sommes fiers, fiers, des violences policières !" ou "Police nationale, solution radicale !" 


Place Broglie, devant l'Opéra : Respectueuse génuflexion devant les forces de l'ordre.


Sur la Place de la République, quelques skinheads oisifs et désoeuvrés nous regardent passer et les inviter gentiment : "Les fachos, avec nous !" Voir un skin sourire a quelque chose de déroutant. C'est un peu comme voir un pitbull donner la patte.

Une petite pensée émue quand nous arrivons sur le quai Sturm, où le camp des "enfants de Don Quichotte" a été évacué ce matin par les forces de l'ordre… émus bien sûr, par ces officiers qui ont dû se salir un peu les mains en dégageant tous ces clodos.

Et puis conformément à la tradition de ces manifs, le cortège "de droite" s'arrête devant chaque BMW, Audi, Alpha Roméo, Mercedes ou Land Rover pour répéter tous en choeur : "ça c'est de la caisse !" ou au contraire : "Le bus, le tram, c'est pour les pauvres !"

 

L'Université de Strasbourg lance peut-être, dans cette cavalcade à l'humour noir et volontairement déplacé, quelque chose comme son chant du cygne : la mobilisation semble en effet faiblir — angoisse des examens oblige, pour des étudiants qui n'ont parfois pas eu un seul cours dans certaines matières —, alors que le gouvernement où siège Valérie (la ministre, pas la Sainte) maintient sa position de surdité depuis plus de dix semaines de contestation.

Miroir déformant et extrême d'une droite bienveillante et courtoise, ces manifestations tentent de sensibiliser les sphères extra-universitaires (et plus généralement d'imiter sur un mode pamphlétaire certains réflexes d'une majorité à la fois muette, sourde et bien-pensante pour qui tout est égal du moment que chacun reste chez soi et ne pense pas trop) afin de pointer d'un doigt de blanc ganté les dérives des privatisations systématiques, dans ce secteur comme dans d'autres. Mais après tout, "Enseignants fainéants ! Professeurs profiteurs !", comme le dit un autre slogan.

 

BC
 

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