"Silences" : une exposition d'une inquiétante étrangeté

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« Un de mes soucis constants tout au long de mon parcours a consisté à établir des passerelles entre ce que je connaissais le mieux, le cinéma, et les autres disciplines, la littérature, la musique, la peinture, la photo, la sculpture, la vidéo» (entretien avec Marin Karmitz, catalogue de l'exposition Silences).

 

C'est à ce titre et dans cet esprit de décloisonnement des pratiques que le Musée d'Art Moderne et Contemporain de Strasbourg, voici trois ans, a lancé à Marin Karmitz une invitation à développer un projet d'exposition qui réunit aujourd’hui des oeuvres de Dieter Appelt, Georg Baselitz, Christian Boltanski, Alberto Giacometti, Robert Gober, Ilya et Emilia Kabakov, Tadeusz Kantor, On Kawara, Joseph Kosuth, Chris Marker, Mario Merz, Annette Messager, Juan Muñoz, Bruce Nauman et Martial Raysse.

 

On y pénètre comme dans un labyrinthe. Dans un vaste dédale immaculé où l’espace semble s’enrouler sur lui-même, les œuvres dégagent une « inquiétante étrangeté » qui confère à l’excitation de cette expérience un sentiment de malaise. Silences s’ouvre sur les deux seules œuvres présentées ensemble, il s’agit des lettres en peluche et tissu coloré d’Annette Messager formant le mot « Ciineeemaa » : en suspension les unes derrière les autres, les lettres s’éloignent vers un point de fuite brutalement arrêté par un personnage intriguant (de Juan Muños : One Laughing at the Red ball), vissé sur une chaise fixée en hauteur sur le mur, tenant une boule rouge à la main et semble défiguré par un rire ou peut-être un cri. Inquiétant, comme le groupe de cire Enfants sur leurs bancs d’écolier , de Tadeusz Kantor, réalisé pour la pièce La Classe morte : ici, c’est l’immobilité lugubre des corps qui arrête le visiteur entre quatre murs. Là, encore, ce sont des mots murmurés par les silhouettes humanoïdes, voûtées et mantelées de noir de Christian Boltanski qui retiennent notre attention et recueillent notre écoute. L'installation s'intitule Prendre la parole.

 

12 : Labyrinth (My mother's album), Ilya et Emilia Kabakov, 1990
13 : Prendre la parole, Christian Boltanski, 2005
(plan de l'exposition figurant dans le catalogue) 
 


Serpentant d’une œuvre à l’autre, le public dispose ainsi de la liberté de créer, non pas un, mais une infinité de cheminements possibles, quitte à s’égarer par moments.

 

Certes, L’histoire racontée par l’exposition « Silences»  ne se livre pas d’emblée au visiteur. En effet, il devra  auparavant « rencontrer » chacun des quinze artistes individuellement, « en tête à tête », au sein d’un parti scénographique qui ne présente jamais une œuvre en regard d’une autre : chaque pièce est ainsi montrée dans son espace propre, dans sa « maison ». Cette absence de vis-à-vis invite à une certaine intimité avec le travail des créateurs, privilégiant le dialogue, l’émotion, le partage d’un silence.

 

 

// Au musée d’art moderne et contemporain de la ville de Strasbourg, du 18 avril au 23 août 2009.

 

/ Dimanche 28 juin à 11h, visite commentée de l’exposition « Silences » pour les personnes malentendantes.

 

 

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