Oradour-sur-Glane : 65e anniversaire d’un drame national

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Le 10 juin 1944, la division SS « Das Reich » en route pour le nouveau front de Normandie rasait entièrement un petit village du Limousin en guise de représailles : 642 morts fusillés, brûlés vifs et mutilés, plus de la moitié étant des femmes et des enfants. Parmi les soldats, 13 Alsaciens incorporés de force… et un volontaire. La tragédie d’Oradour a creusé un fossé entre Alsace et Limousin que tentent aujourd’hui de combler Raymond Frugier et Roland Ries (PS), maires respectifs de deux villes longtemps ennemies.

 

Un lieu où le temps s’est arrêté

Les ruines de l’ancien village bordent les murs gris du nouveau bourg reconstruit dans l’urgence d’après-guerre. Oradour est le seul lieu de mémoire en Europe resté en l’état après un tel événement. Un lieu où le temps s’est arrêté avec son histoire, un jour de juin 1944. Il ne s’agit pas de quelques pans de murs abattus mais d’un village entier, presque une petite ville avec ses échoppes, ses cafés, ses garages et ses fermes. On emprunte les mêmes trottoirs qu’à l’époque, les mêmes rails de tramway longent la rue principale. Et l’église sans toit, principal lieu de mise à mort des victimes innocentes, s’élève encore, muette et terrible.

 

Délégation alsacienne

Cette année, Roland Ries s’est rendu à Oradour à la tête d’une délégation alsacienne au sein de laquelle se trouvaient différents représentants d’institutions mémorielles (Mme Hincker du Souvenir français, M. Spisser du mémorial de Schirmeck) ou d’associations (Claire Audhuy directrice artistique du collectif Rodéo d’âme et dramaturge) ainsi que des élus (notamment Raphaël Nisand, maire de Schiltigheim). Invitée à la commémoration du 65e anniversaire du drame d’Oradour, la ville de Strasbourg a offert à la cité martyre la réplique d’une statue de sa cathédrale : Saint-Michel terrassant le dragon de l’Apocalypse, le symbole du combat contre le mal, la terreur, la barbarie.

 

Une histoire difficile

Il faut bien dire que plus de soixante années n’ont pas effacé les plaies des survivants, des rares témoins ou de leurs enfants. Accueillir des Alsaciens sur une terre marquée par les impressionnants stigmates d’un massacre indescriptible a longtemps relevé de la pure et simple utopie. Les voitures dont les plaques minéralogiques indiquaient l’un ou l’autre département ennemi recueillaient des coups d’œil suspicieux et, parfois, l’une ou l’autre injure. Aujourd’hui encore, derrière la chaleur de discours fraternels point encore une méfiance assez vive, une difficulté à entendre l’histoire des « Malgrés-Nous », ces Alsaciens incorporés de force dans la Wehrmacht ou — souvent par mesure disciplinaire — dans la Waffen-SS. Une histoire difficile à écouter, difficile à expliquer, impossible à comprendre. Et cela, malgré la bonne volonté des élus de chaque région. L’une des statues que Strasbourg avait offertes à Oradour lors de la première visite de Roland Ries en 1998 fut vandalisée. L’autre fut détruite lors de la tempête de 1999. Et au dire des habitants du nouveau bourg, croisés dans la boulangerie du coin, ce n’est pas une nouvelle statue qui absoudra les Alsaciens coupables d’un odieux massacre perpétrés par des criminels qui ne furent pas (ou pas suffisamment) punis : « Je sais que le crime d’Oradour s’est prolongé plusieurs années durant d’un cortège de défaillances de la part des pays concernés », a dit le premier ministre François Fillon dans son discours. « Je sais qu’à Oradour, la justice, au lieu de sceller les fautes et les peines des coupables a entretenu l’amertume des victimes. » La plupart des coupables en effet, périrent lors de violents combats sur le front de Normandie. Le commanditaire du massacre d’Oradour, le général SS Lammerding, ne fut pas extradé par les Britanniques et échappa à son jugement. Qui restait-il à juger ? Les coupables retrouvés en Alsace et quelques Allemands, tous condamnés à Bordeaux en 1953. C’est ce qui déclancha la riposte d’Alsace : condamner les Alsaciens « bourreaux d’Oradour », c’était ignorer radicalement le problème de l’incorporation de force imposée par le Reich dès 1941 — problème connu pendant la guerre mais qui ne fut pas expliqué par la suite. Dans une allocution aux élèves d’Alsace qui accompagnaient la délégation, Roland Ries expliquait : « Mon père aurait très bien pu se trouver parmi ces hommes qui ouvrirent le feu sur les gens d’Oradour. Parce qu’il a été Malgré-Nous. Et refuser un ordre, c’était se condamner soi-même et condamner sa famille à mort. » De même que le père de la sénateur et ancienne maire de Strasbourg également présente pour la cérémonie, Mme Fabienne Keller (UMP), tenta d’échapper à l’incorporation de force et fut déporté au camp de concentration du Struthof…

 

Finalement, les Malgrés-Nous d’Oradour furent amnistiés après une très forte mobilisation en Alsace comme dans le Limousin. Le soldat volontaire fut condamné à mort avant de voir sa peine commuée en peine de prison. C’était évidemment insuffisant pour les familles des victimes, parmi lesquelles se trouvaient aussi des Alsaciens (notamment neuf réfugiés de Schiltigheim).

 

Dans le nouveau mémorial que le visiteur traverse aujourd’hui pour se rendre sur le site du village détruit, un panneau discret, au début de l’exposition retraçant les débuts du nazisme, parle de l’incorporation de force. Mais combien de temps faudra-t-il encore avant de pouvoir expliquer et comprendre une histoire collective multiple et complexe ? Pour le prêtre de Charlie-Oradour, un petit village tout proche qui accueillit aussi des réfugiés de l’Est de la France en 1940, il faudra attendre la disparition des survivants du drame (deux encore en vie aujourd’hui sur la douzaine qui parvint à échapper à la mort), voire la disparition de la génération suivante pour qu’une mutuelle compréhension s’établisse fermement. Il fait d’ailleurs remarquer que si les élus alsaciens prônent une « réconciliation », les Limousins parlent quant à eux de « rapprochement ». L’Histoire commune entre l’Alsace et Oradour est encore bien loin d’être écrite.

 

 

Baptiste Cogitore

 

 

 

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paque christophe 20/06/2011 22:23



mon souhait serai que Batiste puisse me contacter un jour



paque christophe 20/06/2011 22:21



c'est toujours émouvant de lire ces reportages qui sont notre vie et celles de nos enfants.


Je suis un fan de l'histoire et quand je pense qu'à travers ce drame il reste encore des témoignages de personnes qui ont subies cette douloureuse épreuve et suite tout ça , je n'arrive toujours
pas a comprendre ce qui se passe dans la tête de nos jeunes et moins jeunes.


Toujours est-il que mes pensées sont pour ces personnes  qui sont parties sans rien demander à personne, elles sont disparues en Marthyr mais dans tout leur honneur et leur dignitée.


que dire de plus je ne sais pas j'aimerai pouvoit leur parler


Je les aimes sans les connaitre et je les remerçient pour leur courage et leur maintien de la vie à travers la mort