"60 minutes de silence" : la série de Vincent Hanrion

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Depuis un balcon donnant sur la Place Kléber, Vincent Hanrion photographie le Cercle de Silence qui se dessine chaque mois au coeur de Strasbourg. "Plate-forme" lui consacre une galerie régulièrement mise à jour. Il explique sa démarche de photographe.

 

Cercle de silence mars 2010

 Le Cercle de silence du 30 mars dernier : chaque mois depuis deux ans, des manifestants se rassemblent pour protester silencieusement contre l'expulsion et la criminalisation des "sans papiers"

 

Comment rendre compte par la photographie d'un événement aussi intriguant que les Cercles de silence ?

C'est après mettre confronté à une première prise de vue, aux côtés de ces manifestants atypiques, qu'il m'est apparu avec évidence qu'aucune des images prises ce jour-là ne pouvait témoigner réellement de leur engagement singulier, régulier, silencieux et d'une cohérence sans équivoque. Ces centaines de personnes pourraient, à elles seules, surprendre par leurs voix les passants et les habitants des alentours. Mais c'est silencieusement, en cercle et durant une heure qu'ils protestent et interpellent chaque mois, au même endroit.

 

D'où vous est venue cette idée de prendre un seul cliché en exposant votre pellicule pendant une heure durant ?

Cela faisait longtemps qu'une image me captivait : celle du Boulevard du Temple de Louis Daguerre, datée de 1838. Il s'agit d'une vue prise de la fenêtre de son appartement, rue des Marais à Paris. La faible sensibilité des plaques photographiques de l'époque ne permettait pas de temps de pose rapide comme aujourd'hui. L'exposition dure dès lors assez longtemps pour que tout objet en mouvement (piétons, voitures...) ne laisse aucune trace sur la surface photosensible. Seuls sont figés l'immobilité, les immeubles, les arbres et le cireur de chaussure qui était resté là à faire son humble labeur! La rue est donc visiblement vide, mais en réalité pleine de monde.

L'idée était alors simple. Réaliser une photographie, une seule, dont le temps de pose corresponde à la durée du silence des manifestants. Chambre photographique sur pied, le gong retentit, il est 18h et je me trouve sur le balcon de la Librairie Kléber. Mon obturateur s'ouvre et ne se refermera qu'au second coup de gong, à 19h. J'ai souhaité jouer de cette tricherie, aux origines de la photogrpahie, pour réveler toute la puissance de la démarche engagée que sont les cercles de silence. Tout passage sur la Place Kléber est alors gommé, ne reste que leur présence silencieuse. Prendre un peu de temps, et discuter de leur engagement suffit dès lors à changer notre regard sur une situation complexe.



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