Des familles à la rue dans Strasbourg

Publié le par baptiste cogitore

 

7 familles à la rue ? À Strasbourg, la mobilisation se poursuit pour que l’État prenne en charge les demandeurs d’asile qui ont déjà passé plusieurs nuits dehors. Parmi eux : plus d’une vingtaine d’enfants, et des femmes enceintes sans mari.

 

Que vont devenir les 7 familles de demandeurs d’asile menacés de mort en Tchétchénie ? Depuis une semaine, différentes associations ont engagé un bras de fer avec la préfecture du Bas-Rhin. Elles demandent que l’État assume leur prise en charge. Après leur sortie des CADAS (Centres d’accueil de demandeurs d’asile), ces familles se sont retrouvées à la rue. Plusieurs citoyens français ont alors accepté de les accueillir chez eux, avant que la Ville de Strasbourg ne les loge dans différents hôtels. La mairie leur a accordé un court répit en prolongeant l’hébergement d’une nuit, dans l’attente de la réponse préfectorale qui doit tomber cet après-midi (3 mai 2010). Simone Fluhr, membre de RESF (Réseau éducation sans frontières) et du CASAS (Collectif d’aide aux solliciteurs d’asile à Strasbourg), fait le point sur la situation.

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Lundi 26 avril 2010 , Place Broglie : rassemblement devant l'opéra pour solliciter une réponse de la préfecture

 

Où en est-on aujourd’hui ?

On attend la réponse de la préfecture. Demain, nous en ferons part aux familles : si elle est négative, on le leur dira, et il leur reviendra de décider de la marche à suivre. En tous les cas, elles sont décidées à rester ensemble, sous des tentes s’il le faut. Elles sont bien conscientes (et nous le leur rappelons) qu’avec autant d’enfants, de femmes enceintes et si peu de maris, un campement sera très difficile à tenir dans la durée. Nous savons par expérience que physiquement, c’est très éprouvant. Elles y sont prêtes depuis que la préfecture a refusé leur prise en charge. Depuis une semaine, nous réclamons de notre côté la mise à disposition d’une salle où les héberger un temps, et leur éviter de dormir à la rue. Tout le monde est prêt à faire plein de choses, à donner de l’argent ou de la nourriture, mais pas à leur laisser une salle qui deviendrait ainsi une plate-forme de médiatisation.

 

Qui sont ces familles et combien sont-elles ?

Jusqu’ici, elles étaient 5. Nous avons découvert une sixième famille à la rue vendredi dernier et une septième ce matin. Elles vivaient dehors depuis le 28 avril, mais comme elles n’étaient pas venues nous trouver, nous ne le savions pas. Ce sont exclusivement des Tchétchènes. Il y a 9 adultes (surtout des mères seules avec leurs enfants) et 23 mineurs.

 

La situation peut-elle encore évoluer au jour le jour où les choses seront fixées dès ce soir ?

Je pense que la réponse de cet après-midi sera déterminante. On voit bien que la Ville refuse que des gosses dorment dehors, mais qu’elle n’a pas non plus souhaité une mobilisation en son nom, sous sa protection. Sa réaction a donc été double : répondre à un réel problème humanitaire tout en évitant que des tentes poussent devant la mairie… Maintenant, si le préfet maintient sa position, le maire de Strasbourg devra se positionner à son tour.

 

Peut-on envisager que Roland Ries s’engage malgré une réponse négative de la préfecture ?

Je ne pense pas qu’il puisse se permettre de maintenir un hébergement qui ne lui revient pas : c’est une prise en charge très lourde. Et on comprend très bien que Strasbourg n’a pas à remplacer l’État : ce n’est pas ce que nous demandons. En revanche, le maire devra se positionner en mettant, par exemple, une salle à disposition des familles.

 

Quelles sont les associations et les institutions qui vous soutiennent ?

On a mobilisé en haut lieu les principaux cultes de Strasbourg : juif, catholique, protestant et musulman. Les personnes sont mobilisées, mais on ne les sent pas prêtes à faire un acte réellement positif : la salle que nous demandons est bien le révélateur de cette mobilisation en demi-teinte. Aucun local n’a été ouvert parce que les responsables de ces cultes craignent que la situation se pérennise et que l’organisation ne puisse pas tenir dans la durée. Aucun d’entre eux n’a affirmé publiquement et collectivement son engagement là où l’État a refusé le sien. Si ce lieu existait, je suis certaine qu’il y aura une mobilisation citoyenne pour sa maintenance et son organisation : l’expérience de 2006 [où un campement avait été installé Place de la République, ndlr.] a laissé des traces. Une centaine d'universitaires nous soutiennent également.

 

La première « année terrible » pour les demandeurs d’asile fut 2002. Une nouvelle étape fut franchie en 2006 quand, pour la première fois, des enfants se sont trouvés à la rue. En quoi l’année 2010 marque-t-elle un tournant ?

Depuis 2006, il n’y a plus d’enfants dehors mais on y revient, et massivement : ce n’est plus seulement une famille en particulier qui est touchée pour telle ou telle raison. C’est un blocage administratif total à l’encontre des familles de demandeurs d’asile. Là où la donne est nouvelle, c’est que ces personnes sont mises à la rue tout en étant susceptibles d’être arrêtées par la police. Leur criminalisation pose un problème terrifiant. On connaissait déjà la « clochardisation » ; la criminalisation est venue après. Maintenant, on a les deux…

 

Propos recueillis au téléphone par Baptiste Cogitore

Photo : © Claire Audhuy

 

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