"Far East"/Vanessa Chambard

Publié le par baptiste cogitore

« Far East », exposition photographique de Vanessa Chambard

Galerie « La Chambre », à Strasbourg

jusqu'au 26 juin 2011

 

3.gif

Vanessa Chambard©

Conquête de l'Est

Il est certains voyages qui vous transforment. Celui qu’entreprit, à l’automne 2007, la jeune photographe sortie de l’Ecole des Gobelins, Vanessa Chambard, en fait indéniablement partie. L’idée initiale : réaliser, avec une amie journaliste, un reportage sur l’émigration en Roumanie et en Bulgarie, pays fraîchement entrés dans l’Union européenne. Mais à bord de leur Peugeot 309, les voyageuses font l’expérience difficile du portrait. Entre ceux qui refusent de se faire photographier et les aléas techniques ou financiers, s’ouvre alors un espace de liberté que Vanessa Chambard ne pensait pas découvrir. « Au fil des rencontres improvisées, le projet de reportage devient un voyage », écrit-elle. Un voyage à la fois extérieur et intérieur, qui change le regard de l’artiste sur les pays qu’elle traverse. L’enquête se métamorphose ainsi en journal photographique de ce « road movie » à l’orientale.

 

De ces régions inconnues, l’artiste conserve davantage la mélancolique « beauté des paysages » à la « lumière froide, un peu voilée, un peu triste », que la chaleur des rencontres humaines. Les hommes, quand ils apparaissent, sont toujours lointains. Quant aux animaux, qui sont  le fil rouge de cette exposition d’une vingtaine de clichés, on les imagine volontiers errants, comme laissés à leur propre liberté. Car « Far East » est bien le récit visuel d’une errance à laquelle se soumet, plus ou moins volontairement, l’oeil qui rapporte ces images, de la Transylvanie mythique aux bords de la Mer noire.

 

En choisissant peu à peu de se livrer à la contemplation des paysages, Vanessa Chambard ne renonce pas pour autant à transcrire une angoisse, un mystère, au cœur de ses images. Un no man’s land près du château de Dracula où une chienne vient frôler une silhouette encapuchonnée ; une piscine fumant comme un chaudron de sabbat ; une lande perdue où rôdent les loups sont autant de mythes à réinventer, de lieux à investir…

 

Le brouillard, par le vide visuel qu’il impose sur la plupart des clichés de « Far East », abolit à la fois les espaces et le temps. Les pays et les frontières disparaissent, comme dans cette photographie où la brume épaisse annule une ligne d’un horizon invisible, entre le ciel, la mer et le rivage jonché de détritus. Ou encore ce tas de bornes kilométriques amoncelées au bord d’une route traversant une forêt. Chaque cliché rendu atopique (aucune légende ne vient renseigner le spectateur) renvoie ainsi le regard de chacun à l’identité de ces deux pays, « comme égarés dans un entre-deux fragile et indéfinissable, entre est et ouest, entre hier et demain, entre ici et ailleurs ».

 

« Far East » s’inscrit dans la photographie de paysages, que la galerie strasbourgeoise « La Chambre » promeut dans sa saison 2010-2011. Des lieux qui permettent à l’œil photographique de porter sur le monde un regard oscillant entre réalité et imaginaire, mêlant documentaire et poésie. Un regard qui interroge la notion même de paysage et de limite.

 

Baptiste Cogitore

Publié dans exposition

Commenter cet article