Gaza : témoignage d'Amir Hassan, jeune poète palestinien

Publié le par amir hassan

Amir Hassan est un jeune poète palestinien qui vit et travaille à Gaza. Lundi 19 novembre 2012, à 12h40, il écrivait ce texte, sous les bombardements israéliens.

 

Six jours d'agression et de massacres, et cela continue et bientôt on parlera de vingt jours de guerre, ou peut-etre trente ou quarante jours de massacres.
Je ne peux plus colorer mes mots et décorer mes phrases, je ne suis plus francophone, ni francophile, l'humanité a été assassinée hier soir, avec la famille Al Dalou et ses enfants, déchirés devant les écrans et bientôt sur des cartes postales.
Un seul bombardement dans le quartier est capable de me faire oublier le futur proche et le futur simple, je ne sais plus comment conjuguer les verbes du troisième groupe, comme vivre, sourire, rire, tous les verbes sont devenus orphelins, et tous les points sont devenus terroristes.
95 martyrs et 640 blessés jusqu'au moment, et peut-être le chiffre changera avant que je termine ce message, ou peut-être bien, ce message n'aura pas d'adresse.
Tous les moments sont martyrs, ces oiseaux violents ont assassiné le temps, et ces balles vertes et marron ont assassiné la rose, est-ce que l'importance c'est la rose ?
Il n'yaura pas de football à Gaza, ce pauvre stade a été bombardé pour la toisième fois ce matin à 6 heures, et le centre de police du quartier a été bombardé à 2 heures du matin, et cette fois-ci, les blessés étaient les frères égyptiens qui étaient à l'hôpital Al-Shiffa juste à coté.
Hier, Israël a tué quelqu'un en bas de ma fenêtre, le monsieur était jeté par terre, je l'ai regardé quelques minutes il ne voulait pas me parler, et cette fois, c'était en direct, pas de films américains pas d'imagination dans mon quartier tout est vrai.
Cinq jours que je ne suis pas sorti de la maison, cinq jours que je ne fais qu'entendre les bombes et compter les victimes, et parfois quand la maison danse, je me permets de demander, qui va mourir ce soir ?
Et nous, moi et ces visages enfermés avec moi dans la même pièce et dans le même destin, quand est-ce que nous pourrions nous échapper de cette vie, sans revenir après quelques instants, sans entendre quelqu'un dire : mais non, calmez-vous ce n'est pas notre tour qui a été bombardée, ce sont les voisins.
Hier, je me suis permis de penser à Paris, car la semaine dernière, j'étais aux Galarie LaFayyette. Il y avait une ambiance de fête, il y avait déjà le sapin de Noël, et les jouets pour les enfants. Les enfants, à Gaza, ne sont pas interressés, puisqu'ils meurent avant l'arrivée du papa Noël, ou bien il ya quelqu'un de mauvaise volonté leur a dit que le PAPA NOEL n'existe pas, quant à moi, je me dis il viendra par le passage de Rafah, donc j'attends, enfin comme je peux, car je commence à fatiguer ma conscience, et peut-être bientôt, j'irai voir mes voisins, qui sont chiants, parce que le calme me brise le coeur. C'est très long.
des frontières autour de moi
si je ferme mes yeux, je te verrai
viens me raconter si tu veux
je suis partant cette nuit malgré le temps
crie ou prie ou pleure
cela ne te sert à rien
mon âme sera déjà là-bas.
Amir Hassan

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Paturaud Gérard 12/08/2014 08:01


 


Et j'ai pleuré sur l'humanité...


Cordwainer Smith


(Les Seigneurs de l'Instrumentalité)


 


 


 


Ils ont jeté des bombes


avec l'insouciance de ceux


qui croient avoir raison,


ils ont guidé les drones


et ont ouvert tout grand


leurs oreilles d'espions.


Et la mitraille et les obus,


nouvelles trompettes de Jéricho,


Ont fait éclater les murs


de pierre des habitations.


Ils ont ensanglanté Gaza,


ils ont rougi les pierres


et calciné les corps,


avec la bonne conscience


de ceux qui croient avoir raison.


Ils ont étendu leurs colonies


dans les territoires occupés,


ils ont contrôlé et humilié,


ils se sont comportés en maîtres


vis-à-vis de leurs esclaves.


Et les bonnes consciences du monde,


gênées, ont détourné les yeux.


 


Et j'ai pleuré sur l'humanité.


 


 


 


Gérard Paturaud