Le silence de l'amer #2

Publié le par baptiste cogitore


Un cercle de silence contre l’expulsion de Roms persécutés.

 

Comme tous les 30 de chaque mois, le « Cercle de silence » se forme sur la place Kléber, aux alentours de 18h. Cette fois-ci, près de deux cents personnes sont venues manifester leur soutien aux derniers expulsés en date : quatre familles de Roms d'origine ayant fui les persécutions de groupuscules nationalistes en Hongrie. « Au plan national, l’objectif fixé par le gouvernement est de 25 000 reconduites à la frontière en 2007 a été porté à 26 000 reconduites en 2008 et 2009 », expliquent les tracts jaunes que les volontaires distribuent aux passants. En 2007, 839 personnes ont été enfermées dans le Centre de rétention (CR) de Geispolsheim et 475 d’entre elles ont été expulsées. En 2008 eurent lieu 767 incarcérations et 401 expulsions. Les Roms arrêtés il y a quinze jours s’inscrivent ainsi dans une longue liste qui continue à s’écrire.

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Un gong retentit : « 
le cercle de silence est ouvert », dit une voix dans le mégaphone, après avoir rappelé pourquoi ces Roms se sont retrouvés au printemps 2009 à Strasbourg. Menacés de mort dans leur petit village frontalier, ils ont vu débouler en pleine nuit les 4x4 de la « Garde Nationale », la branche armée du parti nationaliste hongrois dont le mot d’ordre est l’extermination des Roms. Les extrémistes brandissent des drapeaux nazis et tirent sur les murs des maisons de leurs victimes. L’alternative était simple : rester au risque de se faire lyncher ou partir en vendant leurs maisons pour une bouchée de pain au maire du village — un ancien policier dirigeant la Garde nationale. Après avoir traversé l’Europe, ces familles sont arrivées à Strasbourg où elles n’ont pas toutes réussi à obtenir le statut de réfugiés politiques. Suite à l’examen de leur demande d’asile, leur groupe est scindé en deux. Le mégaphone poursuit : « Sur les 8 familles, 4 sont rejetées immédiatement par l’OFPRA (Office français de protection des réfugiés et des apatrides, ndlr.) qui estime qu’étant membre de l’Union Européenne, la Hongrie peut-être regardée comme respectant les libertés fondamentales. Les 4 autres familles sont convoquées par l’OFPRA et attentent encore leur décision à ce jour, plus de six mois plus tard. Les uns sont hébergés et protégés d’un renvoi et les autres ne le sont plus. Personne ne comprend, tous disent qu’ils ont pourtant vécu la même chose. » Au bout de quelques mois passés dans des conditions difficiles à l’Elsau, où certains habitants commençaient à s’organiser pour leur venir en aide, ils sont arrêtés au petit matin, le 14 janvier dernier, et transférés (hommes, femmes et enfants) dans différents CR : à Lille, Nîmes, et Metz. Le lendemain, leur avion décolle pour la Hongrie.

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Les panneaux que portent certains membres du cercle racontent tous plus ou moins la même histoire : persécutions, fuite dans l’espoir d’une vie meilleure (ou tout simplement d’une vie tout court), tentatives de régularisation qui aboutissent parfois pour un temps, puis le refus ou la non reconduction de leur statut, la vie dans l’illégalité, l’arrestation, la détention et finalement l’expulsion. Retour au point de départ pour ce Kurde refusant de faire son service militaire en Turquie — disparu. Pour ce Sri-Lankais fuyant les Tigres tamouls — assassiné. Pour…

18h30. La neige commence à tomber. Ceux qui se tiennent debout autour de la petite lanterne déposée sur les dalles gelées de la place Kléber disent la honte qu’ils ressentent face à la politique d’immigration actuelle, les conditions dans lesquelles s’effectuent les arrestations, les conditions de vie dans les CR et les reconductions aux frontières. À cause du froid maintenant mordant, certains quittent le cercle, dans lequel on trouve beaucoup de retraités. Une vieille dame explique sa présence : « Je viens pour mon mari qui ne peut plus tellement se déplacer. Il a été déporté au camp de concentration de Dora... ». Un membre d’Amnesty international s’indigne : « Ce ne sont pas des criminels. Le seul motif pour lequel ils sont mis en prison — car les centres de rétention ne sont pas autre chose que des prisons — est qu’ils n’ont pas de papiers. C’est absolument révoltant ! ». 19h : il neige de plus belle. Le cercle se défait lentement, jusqu’à la prochaine fois.

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>> Le prochain cercle de silence : le 28 février à 18h, place Kléber.

+ à écouter : reportage autour du Cercle de silence du 30 janvier 2010


/ pour plus d’informations, voir entre autres : le site des Cercles du silence, la CIMADE, la Ligue des Droits de l’Homme, Migreurop, GISTI, Dom’asile.

+ écrire à : lecerledesilence.strasbourg@gmail.com

 photos : Claire Audhuy et Vincent Hanrion (tous droits réservés)

 

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