« Tel un vêtement que tu as laissé glisser au sol »

Publié le par baptiste cogitore



Manuele Fior construit dans sa quatrième bande dessinée un récit profond, conté en aquarelles d’une justesse bluffante.

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5000 km./s., c’est la vitesse d’une communication entre Oslo et Assouan sur le portable de Lucy et Piero. Elle écrit une thèse sur Ibsen, lui est passionné d’égyptologie. Ces deux Italiens déracinés ne passeront pas leur vie ensemble, après s’être pourtant beaucoup aimés… Par choix ou nécessité de carrière, par désir de voir le monde, de se découvrir l’un avec — et parfois sans — l’autre. Toute leur histoire se dévoile peu à peu, « tel un vêtement que tu as laissé glisser au sol », comme dit la chanson qui sert d’exergue au livre.
Manuele Fior, après son interprétation du mythe d’Icare et l’adaptation de Schnitzler sortie chez Delcourt, retrouve la veine intime, délicate et la nostalgie du pays des Gens le dimanche, son premier ouvrage paru chez son découvreur, Atrabile. Il signe ici un ouvrage éblouissant par ses aquarelles qui plongent le lecteur dans des émotions et des atmosphères très variées, à la fois réalistes et oniriques, vaporeuses et d’une justesse bluffante. Le récit surprend aussi par la complexité de son rythme, sa temporalité et sa construction (chaotique et exigeante puisqu’une cinquantaine de planches ont finalement été éliminées du récit) : on retrouve les personnages à différents moments de leur vie, confrontés à des problèmes et à des choix nouveaux. Entre le déracinement, la fuite du temps et l’errance, Fior (un architecte Italien passé par Berlin, Oslo et vivant aujourd’hui à Paris) nous donne à lire un livre coloré, bien plus profond que ne peuvent le laisser entrevoir les premières pages.

Publié dans bande dessinée

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