Théâtre : la 7e édition du festival Premières « reportée »

Publié le par Baptiste Cogitore

Shrink or die ?

 

Depuis le 17 février, la rumeur est devenue certitude : la septième édition du festival de théâtre Premières, consacré aux premières créations de jeunes metteurs en scène européens est « reportée » — euphémisme pour éviter de dire qu’elle est bel et bien annulée— alors que la programmation était, elle, quasiment bouclée.

 

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La fréquentation du festival Premières lors des éditions précédentes oscillait entre 70 et 75%

 

Les organisateurs du festival, dont la première édition eut lieu en 2004, ont annoncé jeudi 17 février dans une conférence de presse et sur le site du Théâtre national de Strasbourg (TNS) que « la contraction depuis quatre ans des financements des Théâtres nationaux, qui restent confrontés aux inéluctables augmentations de leurs coûts de fonctionnement, conduit la direction du TNS à ne plus pouvoir participer à la 7e édition du festival Premières, initialement prévu du 2 au 5 juin 2011 ».

 

En clair : le seul théâtre national de province depuis 1972, ne peut plus maintenir la programmation de sa prochaine saison et le festival Premières, face à l’augmentation des coûts de son fonctionnement : évolution du prix des matières premières pour les costumes, les décors, réévaluation des salaires, etc. Parent pauvre de la Comédie française (budget : 34 M€[1]), de Chaillot (18 M€) ou de l’Odéon (16 M€), le TNS est, avec le Théâtre de la Colline, doté du budget le plus étriqué : 11 millions d’euros. Mépris parisien pour les provinciaux clament les uns. Coût de la vie moindre qu’à Paris, rétorquent les autres. 

 

Avec une fréquentation gravitant autour des 90% à chaque saison, le TNS est par ailleurs le seul Théâtre national pourvu d’une école qui forme, au sein d’un même groupe des élèves comédiens, régisseurs, scénographes, metteurs en scène et dramaturges. Environ 50 élèves sont donc toujours simultanément présents dans l’École, pour une scolarité qui dure trois ans et alterne des cours, des stages, et des travaux collectifs dirigés par des artistes en exercice.

Directrice du TNS, Julie Brochen annonçait mi-février, dans une circulaire interne, un éventuel report du festival Premières au printemps 2012 à condition de réunir, d’ici là, des fonds suffisants pour assurer une programmation qui donnerait à cette rencontre très prisée des Strasbourgeois (3 500 places vendues sur les 5 000 disponibles en 2010 et une fréquentation oscillant entre 70 et 75% selon les éditions), « les moyens de son ambition » : 270 000 euros auraient ainsi été nécessaires à la nouvelle édition.

 

Parmi les pistes à développer, la ville d’Offenburg, en Allemagne, apparaît comme un partenaire privilégié : une partie de la programmation des prochaines éditions pourraient y être installée, rendant envisageable l’attribution de nouvelles subventions européennes. Le festival Premières a d’ailleurs toujours maintenu un lien fort avec l’Allemagne, puisque de jeunes metteurs en scènes allemands étaient présents à chaque édition. Il serait aujourd’hui logique, dans cet esprit européen, que Premières rayonne par-dessus les frontières nationales.

 

Le TNS et Le Maillon, Théâtre de Strasbourg qui organisent ensemble cette manifestation depuis 6 ans, ont réaffirmé leur souhait du « maintien du festival Premières par un redéploiement de sa dimension artistique, publique et européenne ». Pour beaucoup de jeunes metteurs en scène, le festival Premières offrait l’opportunité de commencer une carrière sous les meilleurs auspices : on se souvient ainsi de Simon Delétang et de sa mise en scène de Petit camp (texte de Pierre Mérot) en 2006, aujourd’hui metteur en scène et co-directeur du Théâtre Les Ateliers, à Lyon. Ou d’Ilay den Boer et de Ceci est mon père, pièce autobiographique ultra-sensible sur l’antisémitisme aux Pays-Bas en 2010. Metteurs en scène et comédiens sont donc les premiers touchés par l’annulation du festival, tout comme les programmateurs des théâtres européens qui, ici comme en Avignon, venaient découvrir des auteurs et des compagnies pour les produire dans leurs salles.

 

Alerté depuis la précédente édition qui avait frôlé l’annulation, le ministère de la Culture n’a pourtant pas cru bon augmenter ses subventions pour cette édition mort-née, alors que Premières avait vu ses autres partenaires renforcer leur participation : la Ville de Strasbourg via le Théâtre du Maillon, ou l’Union des Théâtres de l’Europe.

 

À la fin de l’édition 2010 de Premières, Julie Brochen déclarait  « Le théâtre n’existe qu’en état de crise ». Jusqu’à un certain point.

 



[1] Ces chiffres concernent le budget total et ne distinguent pas les recettes (dues aux entrées) des subventions d’Etat.

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