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Jeudi 1 octobre 2009


Grande parade de tracteurs : les agriculteurs manifestent




Une odeur de chou cru faisandé et de fumier monte du bitume strasbourgeois : les agriculteurs du Bas-Rhin sont dans la rue. Râlent. Le prix des produits augmente en grandes surfaces alors qu’ils stagnent ou baissent pour les matières premières. Et où passe la marge ? Sûrement pas chez le producteur. Alors ils arrivent en file indienne sur leurs Massey-Ferguson, leurs moissonneuses batteuses transformées en char pour cette grande parade champêtre, histoire de rappeler qu’ils ne bossent pas pour les beaux yeux de la très libérale dame Europe. Tandis que leurs collègues bretons épandent des hectolitres de lait devant le Mont Saint-Michel, eux allument des meules de paille, en y ajoutant quelques pneus de tracteurs. Sur l’avenue de la Robertsau, ça fait quand même un peu désordre. Pour un peu, on se croirait à un nouveau sommet de l’OTAN…

 

Les machines sont garées les unes derrière les autres. On y voit quelques mannequins symboliquement lynchés aux bras mécaniques, des pancartes en tout genre et couvertes de slogans, et même une carcasse de lapin pendue par une patte. C’est la pause de midi. Un barbecue a été installé à la diable sur une grande remorque. Des groupes se forment, une bière à la main : l’ambiance est plutôt détendue. Quelques policiers, pour une fois compréhensifs, discutent avec les manifestants. « Qui accepterait de travailler pour zéro euro de bénéfice pendant un an ou plus ? Pas moi. Et je crois que le citoyen lambda non plus » explique l’un d’entre eux, « On manifeste pour nous mais aussi pour les consommateurs ! ». Au micro de la tribune dressée sur la place de Bordeaux, un orateur répète : « Vous êtes là pour qu’on reconnaisse votre métier. Vous êtes là pour pouvoir continuer à l’exercer dignement ! » Dignité, activité, ruralité.

 

+ écouter une rencontre avec les manifestants sur l’audioblog plate-forme / poly-son

 
Par baptiste cogitore - Publié dans : solidarité
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Vendredi 25 septembre 2009


 

Le Théâtre du son présente sa nouvelle création : L’oreille du Prince. Bientôt, au festival Ososphère.

 

 

Samedi après-midi, sur la place Broglie bondée. Au milieu du « village culturel », des passants font la queue devant une étrange construction aux parois transparentes d’où filtrent quelques notes. Derrière les portes et les vitres, des ressorts, des bouteilles, des cymbales, un vieux clairon, un stéthoscope et des tuyaux dans tous les sens…

Jeanne Barbieri (chant et percussion) et Thomas Valentin (piano) sont diplômés du Conservatoire de Strasbourg. Tout comme Alexis Thépot (scénographe, plasticien et violoncelliste), qui est quant à lui issu des Arts déco. Ces trois artistes ont formé le groupe de musique À notre tutoiement (chanson française). Avec leur « Théâtre du Son », ils ouvrent les portes d’un labyrinthe acoustique plein d’humour et de douceur. Rencontre avec ces trois performeurs.

 

Comment est née l’idée d’un « théâtre du son » ?

Alexis Thépot : J’avais vu un spectacle du compositeur allemand Heiner Goebbels qui m’avait énormément plu : pendant une heure et demie, on assistait à une installation sonore. Il n’y avait pas d’acteurs mais plein de mécanismes. C’était incroyable : je me rendais compte qu’on pouvait raconter des histoires rien qu’avec des sons. Nous voulions recréer cette structure mais en y ajoutant une dimension plastique. Tous les ingrédients ont alors été réunis pour une forme de théâtre : le visuel et le sonore se sont mis peu à peu au service d’une dramaturgie.

 

 

Et la structure de ce que vous appelez « la maison », c'est-à-dire l’installation elle-même : comment est-elle apparue ?

Alexis Thépot : Au départ, il s’agissait de créer un espace tridimensionnel où le spectateur serait plongé dans des sons qui ne seraient pas traités de manière électronique. On voulait avoir une approche acoustique et sensitive du son : faire entrer les visiteurs dans un espace où ils seraient invités à vivre une expérience sonore très enveloppante.

Jeanne Barbieri : Dans sa forme actuelle, la performance comporte aussi de la musique électro-acoustique alors que jusqu’ici, la seule musique qu’on y faisait entendre était uniquement celle qu’on jouait en acoustique…

Alexis Thépot : Les spectateurs pénètrent jusqu’au cœur de l’installation, dans un espace acoustiquement neutre d’où leur parviennent des sons de différents endroits. C’est comme une toile blanche sur laquelle on étalerait différentes couleurs.

 

C’est ça, l’ « oreille du Prince » ?

Alexis Thépot : Dans le théâtre italien, « l’œil du Prince » était l’endroit depuis lequel l’effet d’illusion fonctionnait au mieux. C’était au milieu du premier balcon, au centre de la salle. Sur un plan sonore, c’est un peu la même chose. Quand on n’est pas au centre d’un dispositif où arrivent plusieurs sources de son, on perd beaucoup d’éléments. Chacun arrive donc dans cet endroit après être passé par les différentes pièces. C’est le point d’écoute privilégié, en quelque sorte.

 

 

Quels sont vos rôles dans la performance de L’Oreille du Prince ?

Alexis Thépot : Le travail du texte se fait de manière improvisée, sauf pour les chansons. Notre répertoire chanté nous fédère musicalement, mais on n’a jamais de « produit fini » parce qu’on ne travaille jamais sur deux formes identiques de performance.

Jeanne Barbieri : À partir de nos compositions musicales, nous avons créé un univers dans lequel nos personnages évoluent. Cet univers est commun à nous trois. Ce ne sont pas des rôles précis mais chacun a sa manière de parler, de se déplacer... 

Thomas Valentin : Nous décidons de tout à partir des improvisations, qu’elles soient musicales ou textuelles. À partir de là, nous incorporons les chansons qui  préexistent.

 Jeanne Barbieri : On se raconte une histoire qui suit un fil conducteur mais qui n’est jamais la même. Il y a des personnages qui reviennent à chaque performance. Il nous faut garder une forme narrative très souple dans laquelle on ne se perd pas, qui nous permet de suivre un fil directeur tout au long de l’heure que dure la performance.

 

En même temps, tout ça est bourré d’humour : le théâtre du son, c’est comme un jeu ?

Alexis Thépot : Un peu. Dans notre apprentissage de la musique improvisée, on nous parlait de « blagues »: un propos musical doit se construire comme une blague avec une introduction, un climax et une chute.

 Jeanne Barbieri : Les échos du public qu’on a pu avoir vont dans ce sens. La plupart des gens qui entrent dans l’installation nous disent qu’ils ont l’impression de redevenir des enfants. Il doivent trouver par où passer, comment ouvrir une porte. Il y a un côté labyrinthique qui est très ludique…

 

 

À part un voyage en enfance, que vont vivre les spectateurs qui entrent dans la « maison » ? Une expérience… intime ?

Jeanne Barbieri : On se déplace et on leur parle. Parfois, ce sont eux qui s’adressent à nous spontanément… jamais à nos personnages, malheureusement ! Mais c’est parce qu’ils sont très sollicités : se déplacer dans la maison, ouvrir les portes, écouter… En général, ils sont un peu… perdus.

 Alexis Thépot : Nous établissons un rapport de proximité qui peut être dérangeant. Mais nous mettons toute notre énergie à mettre à l’aise le spectateur, à le préparer pour qu’il ne se retrouve angoissé dans la maison… Notre but est d’éveiller les sens du spectateur, pas de le mettre mal à l’aise. Oui, c’est une forme de théâtre intime, même si ce n’est pas que du théâtre…

Jeanne Barbieri : Nous ne sommes pas du tout dans quelque chose de provocant. C’est une forme de douceur qui se crée, surtout à la fin, dans l’oreille du Prince, là où le spectateur est au centre des sons.

 

 Propos recueillis par Baptiste Cogitore, le 15 septembre 2009 sur un banc de l’agréable pelouse ensoleillée de l’École nationale supérieure des Arts décoratifs de Strasbourg (ÉSAD)

photos : documents remis
 

// prochaines performances de L’Oreille du Prince :

 

+ les 25, 26 (de 22h30 à 00h30) et le 27 septembre au festival de musique Ososphère (Laiterie)

+ les 1er, 2 et 3 octobre à 18h (Laiterie)

 

// retrouvez À notre tutoiement dans Novo du mois de septembre (p.13)

 

 

Par Baptiste cogitore - Publié dans : théâtre
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Vendredi 31 juillet 2009

Festival de la troisième fesse

      Le vieux théâtre en bois de Maurice Pottecher résonne depuis plus de 110 ans dans les montagnes : ses bons vieux bancs grinçants participent de ce chant dans la vallée. Chaque été on y joue de nouvelles pièces, dont actuellement l’extraordinaire épopée chevaleresque d’Un cœur mangé. Pour « faire face » aux trois heures coutumières de spectacle assis à même le chêne, les estivaux se donnent le tuyau d’année et année, et Bussang se transforme en défilé de coussins en tous genres. Pour les béotiens ou distraits, un stand de coussins propose des ouvrages aux couleurs des pièces de l’été.  

Couché dans l’herbe, placé sur une chaise de jardin, à même la terre vosgienne, dans les bras, empaqueté, ensaché, à pois, rayé, coloré, démodé, en plumes, à poils, rouge, noir, jaune, bleu, blanc, gris, orangé, en patchwork, flambant neuf, passé de main en main depuis de longues générations, lavé pour l’occasion, amidonné, troué, fait main, grande distribution, collector, vintage, perle rare, sage, déluré, deux places, de poche : les coussins de Bussang ont la parole.


   
 
 
 


Chaque année, ce sont donc 20 000 [1] coussins qui partent en transhumance sur les traces de Maurice Pottecher et de la tradition d’un théâtre populaire !

 


[1] Le Théâtre du Peuple de Bussang accueille 20 000 spectateurs chaque été. Chiffres tirés du site du Théâtre du Peuple.


Par claire audhuy - Publié dans : théâtre
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Jeudi 9 juillet 2009



// La librairie La Bouquinette est le repaire pour les enfants : masques, jeux de cartes, jouets en bois, gros coussins colorés, et même des livres ! Tranchant avec les codes établis des livres idiots et pas beaux, la sélection opérée ici vous permettra de ne feuilleter que de beaux recueils, bien pensés. Il y en a pour tous les âges, puisqu’un rayon entier est dédié aux « ados », nous l’allons montrer tout à l’heure.

 

// Le livre Une île trop loin est un roman qui retrace l’histoire de Nelli et Steffi, deux jeunes sœurs juives qui ont dû quitter Vienne et leurs parents, victimes des persécutions nazies. Elles voyagent ainsi seules, et sont accueillies par de braves gens sur une île, en Suède. L’incertitude de la guerre et les difficultés de communication avec les autochtones deviennent le quotidien pour les deux fillettes. Elles vont alors à l’école, passent un premier hiver, se lient d’amitié avec de jeunes enfants. Mais l’antisémitisme est latent, les parents absents et l’horizon plutôt noir. Ce livre est le premier tome d’une série de quatre.



 

// L’extrait :

 

-Pousse-toi, dit-elle au garçon qui lui barre la route. 

-Vous avez entendu ? dit-il. Elle m’a dit : « pousse-toi. » Comme si quelqu’un comme elle pouvait nous dire, à nous les Suédois, ce que nous devons faire.

On sait pourquoi tu es venue, dit le brun. Vous vous êtes sauvés d’Allemagne avec votre argent et vos bijoux en pensant que vous alliez pouvoir acheter notre pays. Comme vous avez essayé d’acheter l’Allemagne. Mais ici ça ne marchera pas. Les Allemands ne vont pas tarder à venir et ils vont s’occuper des gens comme toi, sale Juive !

 

 

+ La Bouquinette, 28 rue des Juifs / 03 88 35 69 18

 

+ Une île trop loin, d’Aninka Thor, traduit du suédois par Agneta Ségol, Editions Thierry Magnier, 271 pages.

 

Par claire audhuy - Publié dans : livre
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Lundi 6 juillet 2009

 

La succession de Madame Fritz Schlumpf a été mise aux enchères dimanche dernier par la maison de vente aux enchères Gasser Audhuy. Elle a impressionné le public et les acheteurs par ses lots d’exception et leurs prix jamais atteints.

 
 

publicité pour la Bugatti T-50, Gerold (1932) 

 

 

 

// Le (gros) lot d’exception

 

Certains n’ont pas peur de pousser le bouchon assez loin. Celui du radiateur de la Bugatti Royale de Fritz Schlumpf a été adjugé à 238 000 euros (sans les frais de vente) à un particulier, dimanche dernier à l’Hôtel de la Monnaie de Molsheim. Organisée par le commissaire-priseur Antoine Audhuy et l'expert de l'étude Frédéric Gasser, cette vente exceptionnelle regroupait la succession de Madame Arlette Schlumpf, veuve du collectionneur et fondateur du Musée de l’Auto de Mulhouse, décédé en 1992. Ce superbe bouchon en argent représente un éléphant dressé sur un rocher (ou est-ce un ballon de cirque ?).


Éléphant en argent, Rembrandt Bugatti (1926)

Ettore Bugatti s’attribua le tout premier modèle de sa série de six « Royale » qui sortirent de ses usines et choisit parmi les œuvres de son frère sculpteur Rembrandt cet éléphant qui devait sublimer une voiture d’exception. Pour rappeler ce choix, Ettore fit  d’ailleurs monter des boutons ainsi qu’un pommeau en ivoire au levier de vitesse. Cette voiture n’eut que deux propriétaires : Ettore Bugatti et Fritz Schlumpf, qui dut la céder au Musée de l’Auto, devenu propriété de l’État en 1981. Lorsqu’il quitta la France où sa sécurité n’était plus assurée, Fritz emporta avec lui cette pièce unique en souvenir de sa « Royale 41100 Coupé Napoléon ». L’heureux et anonyme acquéreur de dimanche qui dit l’avoir acquise « en hommage à un collectionneur et un homme d’exception » en est donc le troisième propriétaire…

 

 

// Rolls-Royce, Ferrari, Bugatti et compagnie

 
 

Dans une salle archicomble et légèrement surchauffée, les enchérisseurs s’affrontent, discrets et modestes. Pour un petit tour de chauffe, on vend le mobilier de Fritz et de son frère Hans à des collectionneurs (particuliers ou musées), ainsi qu’une vaste collection d’estampes, de sculptures et de carrés Hermès. Petit à petit, les meubles partent, les objets d’art se répartissent ici et là, puis vient le tour des derniers lots. Les applaudissements retentissent lorsque le marteau tombe pour ceux-là : la Rolls Royce « Silver Spirit » blanche (adjugée à 32 000 euros), la Ferrari Testarossa (44 000 euros au marteau) et la fameuse Bugatti Type 52 « Baby », une voiture électrique à l’échelle ½, adjugée à … 65 000  euros ! Pour l’ultime enchère (l’éléphant d’argent), c’est un tonnerre d’acclamations qui éclate après plus de quatre heures d’enchères frénétiques et ininterrompues, au téléphone ou en salle. Une vraie performance pour le commissaire-priseur qui ne relâche ni son marteau ni son attention.

 


 Rolls-Royce "Silver Spirit" (1991)


                                                          Ferrari "Testarossa" (1986)
 
 
                                                       Bugatti T-52 "Baby" (circa 1930)



// Records battus ! 

 

Cette vente a quelque chose d’historique, peut-être pour deux raisons : d’abord parce que les pièces sont en elles-mêmes des morceaux d’histoire (celle de l’automobile et de la passion qu’elle a engendrée), mais surtout par son aspect financier : c’est en effet la première fois que des pièces Bugatti atteignent une telle valeur à l’adjudication. Du grand art, un beau spectacle !

 

++ La prochaine vente aux enchères de l’étude Gasser Audhuy est prévue pour novembre 2009. On y vendra vêtements et objets « vintage », bijoux et fourrures.

 

 

+ catalogue de la vente

 

+ site de l’étude Gasser Audhuy


 
+ ils en parlent : France 3 Alsace 

 

- Publié dans : culture
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