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Dimanche 19 février 2012 7 19 /02 /Fév /2012 12:11

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Penser & parler l'Europe

ouvrage collectif sous la direction

de Claire Audhuy et Baptiste Cogitore

Éditions Rodéo d'âme

28€

disponible sur www.rodeodame.fr

 

Écoutez la chronique d'Anja Vogel sur France Info

 

 

Par plate-forme - Publié dans : solidarité/citoyenneté
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Samedi 28 janvier 2012 6 28 /01 /Jan /2012 17:17

 

Quand un capitaine quitte son navire

Les journalistes aiment les mythes : ils produisent assez de spectacle et ont le mérite de refléter les abîmes de l'humanité. Ce mythe-ci est cruel, comme les autres, mais il est indéniablement moderne. C'est l'histoire d'un capitaine abandonnant son navire en plein naufrage. Un anti-héros, un symbole : l'antithèse des « capitaines courageux » dont on sait qu'ils restent, eux, à la barre jusqu'au dernier moment. C'est peut-être la règle de navigation la plus élémentaire de la marine, après le fameux cri : « les femmes et les enfants d'abord ». Malheur au lâche qui cherche à sauver sa propre vie sans penser d'abord à celle des passagers qu'il convoie. Celui-là a rendez-vous avec le destin ou la littérature, ce qui revient au même.

Joseph Conrad, dans Lord Jim (1900), raconte l'histoire de « l'un d'entre eux » (« one of them »). Le capitaine Jim, pris de panique en haute mer alors qu'il convoyait des pèlerins vers La Mecque, abandonna son navire en plein naufrage, sans même donner l'alerte. Heureusement, une canonnière remorqua le navire de Jim, et sauva ainsi les pèlerins d'une mort certaine. Marlow, le narrateur du roman, cherche à comprendre ce personnage hanté par sa propre lâcheté. Lord Jimressemble fort à une enquête sur nos propres zones d'ombre, le rachat de notre faute ou de notre inconsciente abjection.

Le capitaine Francesco Schettino. Son visage bronzé et ses cheveux gominés sont apparus un peu partout dans la presse européenne depuis le naufrage du Corsa-Concordia, devant l'île de Giglio, un vendredi 13 (janvier). Il avait voulu, lit-on, parader tous phares allumés devant le petit port, dont l'un des membres d'équipage était originaire. On connaît la suite : trop près de la côte, le Concordiaheurta un récif et se mit à prendre l'eau dangereusement. Au moment de l'évacuation des 4.000 passagers, le capitaine Schettino débarqua sur le port, et regarda son bateau couler depuis la terre ferme. « Tombé dans une chaloupe », affirme-t-il, alors qu'il comptait bien rester à bord pour coordonner les secours, au moment même où l'on apprenait qu'il y avait des victimes. Son accablante conversation avec Gregorio de Falco, de la capitainerie de Livourne, a fait un buzz : « Remontez à bord, bordel de merde ! » (« Vada a bordo, cazzo! »), lui ordonne de Falco. Entre les communautés Facebook et les T-Shirts qui se vendent, depuis, sur la Toile, la formule italienne a fait le tour du monde. Schettino a voulu sauver sa peau. Comme Jim, il a non seulement recueilli le mépris de ses confrères, mais il est aussi devenu une sorte de catalyseur médiatique, une honte nationale : « l'homme le plus haï d'Italie » (Le Figaro).

Les journaux aiment aussi les « anniversaires » et s'arrangent parfois pour faire « coïncider » l'actualité avec l'histoire. Ainsi le naufrage du Concordia« tombe » presque un siècle après celui du Titanic(14 avril 1912), que le film de James Cameron a remis dans les mémoires visuelles du grand public. Dans Diplopie,  un excellent essai sur l'iconographie du 11-Septembre, Clément Chéroux a montré comment les films hollywoodiens (Pearl Harbor en particulier) ont pu influencer le décryptage des événements de New-York. De même, la presse n'a pas manqué de comparer les deux naufrages — on aurait même retrouvé parmi les survivants du Concordiala descendante d'une victime du Titanic(RTL.be). Sauf que le capitaine du paquebot de la White-Star Line eut en Atlantique nord une toute autre conduite que le bellâtre italien. À défaut de reprocher à Schettino son manque d'héroïsme — ce qui est toujours un peu délicat —, la plupart des médias ont surtout visé son incompétence et ses fanfaronnades. En un mot : sa bêtise. « Remontez à bord, bordel de merde ! » : on dirait un père agacé par un enfant qui refuse d'aller au lit. Dans l'enregistrement, Schettino plaide d'ailleurs piteusement : « Mais vous vous rendez compte qu’il fait nuit et qu’ici on ne voit rien ».« Remontez à bord ! » : c'est presque un projet politique, un slogan de campagne électorale, dans la même veine que le « Qu'ils s'en aillent tous ! » mélenchonien.

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À la une du journal italien Libero (droite) le 18 janvier 2012, Angela Merkel quittant à la rame le navire Europa Discordia

Le naufrage — ou plutôt la navigation, qui en est la version positive — est d'ailleurs une métaphore courante de la langue politique. Il faudrait un capitaine (le chef de l'État) et un équipage (le gouvernement) pour mener le bateau (l'État) au fil de l'eau, souvent agitée (les crises). Au lendemain des vœux présidentiels pour 2012, Le Parisien ne présentait-il pas Nicolas Sarkozy en « capitaine dans la tempête qui veut rester jusqu’au bout à la barre du bateau France » ? On pense à la réplique de Créon à Antigone, dans la pièce éponyme de Jean Anouilh (1944) : « Il faut pourtant qu'il y en ait qui mènent la barque. Cela prend l'eau de toutes parts(…). L'équipage ne veut plus rien faire, il ne pense qu'à piller la cale et les officiers sont déjà en train de se construire un petit radeau confortable, (...) pour tirer au moins leurs os de là ». Enfin, plus prosaïquement, dans une campagne présidentielle, un authentique naufrage offre une excellente matière à la « petite phrase » bien sentie. Ainsi Gérard Longuet, ministre de la Défense sur LCI trois jours après le naufrage : « Il y a des capitaines qui frôlent trop les côtes et qui conduisent leurs bateaux sur les récifs et je trouve que François Hollande côtoie et tutoie les déficits publics avec beaucoup de complaisance(…). C'est une leçon à méditer ». Méditons, donc.

Par baptiste cogitore
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Mercredi 14 décembre 2011 3 14 /12 /Déc /2011 18:24


L’asile à hauteur d’homme

 

Dans La Forteresse, Fernand Melgar filme en « cinéma direct » le quotidien de demandeurs d’asile arrivés en Suisse. Un film engagé qui donne à voir l’humanité des acteurs pour mieux dénoncer l’inhumanité d’un système.

 

            Vallorbe : petit bourg de 3 000 âmes aux portes occidentales de la Suisse, à quelques kilomètres de la frontière française. Étape importante sur la « Route de l’horlogerie », la ville attire les amateurs de montres à très haute précision. Vallorbe est plus connue pour sa prestigieuse industrie que pour son Centre d’enregistrement et de procédure (CEP), qui accueille les demandeurs d’asile (aussi appelés « requérants ») arrivant en Suisse. C’est cette « forteresse » que le réalisateur suisse Fernand Melgar a filmée, entre décembre 2006 et février 2007. Soixante jours : la durée maximale de séjour dans un CEP suisse.

 

Psaume

            Dans la campagne helvétique que la neige recouvre peu à peu, le Centre devient à la fois refuge et prison. Refuge pour les demandeurs d’asile persécutés dans leur pays d’origine. Prison qui les empêche de mener une vie normale en Suisse. Lors d’un moment de prière, un requérant lit un psaume qui condense toute la problématique du film : « Sois pour moi un rocher entouré de murailles, une solide forteresse où je trouverai le salut » (Psaume 31).

 

 

Brut

            Ce qui frappe dans ce film humaniste, c’est l’anonymat. On ne connaît pas le nom des requérants, et cela semble évident pour des raisons de sécurité (Melgar explique qu’il s’est engagé à ne pas diffuser son film sur les chaînes internationales ni dans les pays d’où sont originaires les requérants). En outre nous n’avons pas besoin de leur nom pour comprendre leur détresse. Nous ne sommes pas à la place de l’administration. Plus troublant est le choix de Fernand Melgar de ne pas non plus indiquer celui du personnel. Aucune interview, dans La Forteresse : on nous donne à voir le quotidien brut, avec sa dense complexité, ses peines et ses joies. Il n’y a pas, ici, de polarité trompeuse : requérants et fonctionnaires se comprennent et se soutiennent. Avec un certain nombre de restrictions tout de même pour les premiers : fermeture des portes, interdiction d’entrer avec de l’alcool, fouilles au corps systématiques, etc.


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Routine

            Filmant en « cinéma direct », sans commentaire ni musique, Melgar plonge le spectateur dans une Babel où la routine et l’ennui règnent en maîtres. À travers les yeux d’un nouveau venu à qui les règles du CEP échappent encore, le réalisateur nous invite à nous substituer à cette expérience du déracinement absolu. Et dans cet univers miniature où plus de 200 requérants attendent une réponse qui décidera de leur sort, on assiste à des scènes qui interrogent l’humanité de chacun des membres du triptyque : fonctionnaires, requérants, spectateur.

 

"Obscène"

            En 2008, Fernand Melgar a reçu le Léopard d’or dans la catégorie « Cinéastes du présent » au festival de Locarno. Le plus prestigieux trophée de la compétition récompensait le réalisateur  pour son documentaire tourné à Vallorbe. Trois ans plus tard, Melgar décrochait à Locarno le Premier prix du jury des jeunes et le Prix du jury œcuménique pour un second volet, Vol spécial, qui montrait les expulsions d’étrangers en situation irrégulière sur le territoire helvétique. Pendant logique à La Forteresse, Vol spécial avait créé une polémique quand le président du jury, Paul Branco, avait jugé le film « fasciste » et « obscène », pointant la complaisance du cinéaste et sa complicité avec les institutions qu’il prétendait dénoncer.

 

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            Mais l’ambiguïté n’est peut-être chez Melgar que la trace du refus du manichéisme. Montrer une administration à visage humain ne veut pas pour autant signifier qu’il est humain de renvoyer à une mort probable des milliers d’hommes, de femmes ou d’enfants. Sur les requérants qui transitent par les cinq CEP de Suisse, seuls 1% sont admis définitivement sur le territoire helvétique. « Plutôt que faire le procès de l’asile, j’ai cherché à lui donner un visage », explique Fernand Melgar dans le dossier de presse du film.

 

Témoin

            Véritable métaphore à tiroirs, La Forteresse donne à voir un triple réseau de verrous sécuritaires : le CEP de Vallorbe et la Suisse. Mais aussi l’Europe tout entière, où la loi anti-immigrés de 2006 massivement approuvée par les citoyens (68%) sert désormais de modèle à la plupart des extrêmes droites européenne. « Je ne fais pas de films militants, je fais des films engagés : je n’explique pas aux spectateurs ce qu’ils doivent penser », écrit encore le réalisateur, d’origine espagnole, qui vécut jadis lui-même en situation irrégulière en Suisse. Et de s’en remettre à l’intelligence du spectateur, désormais témoin plus que consommateur.

Par baptiste cogitore - Publié dans : cinéma
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Vendredi 29 juillet 2011 5 29 /07 /Juil /2011 20:55

Le 18 mai dernier, La Poste rendait public le "rapport social 2010" 1. Le bilan : augmentation du nombre de journées d'absence pour maladie, hausse des accidents de travail, et baisse simultanée des effectifs. Les chiffres sont inquiétants et viennent justifier la "baisse marquée" du qualité de service qu'avait dénoncé l'Autorité de régulation de la poste et des télécommunications (Arcep) un peu plus tôt, le 6 mai dernier.

Privatisation, suppression d'emplois et souffrance au travail : un responsable syndical raconte le mal-être à La Poste.

 

- Patrick Leroy, vous êtes le secrétaire général de la CGT FAPT du Bas-Rhin, quelle est la situation de la Poste dans le département ? Constatez-vous une dégradation des conditions de travail ?

Oui, il y a effectivement une augmentation du nombre de jours d'arrêt maladie constatée en Alsace. Et il y a une politique qui vise à supprimer des emplois. Ces trois dernières années en Alsace, on a supprimé l'équivalent de 400 emplois.

On s'aperçoit aussi que de plus en plus d'employés font des heures supplémentaires, voire du travail dissimulé puisque La Poste ne reconnaît pas ces heures supplémentaires, alors que ce n'était pas prévu ni dans le cadre de leur règlement intérieur ni dans leur planning. Les gens ont une vie au travail et en dehors et, évidemment, ce genre de problème a un impact. Cela peut se traduire par une augmentation du stress au travail et des accidents.

A contrario du dogme qui avait été lancé par le gouvernement actuel, le "travailler plus pour gagner plus" à La Poste se traduit plutôt par "travailler plus et ne rien gagner"...

 

- Et pourtant, l'établissement enregistre des bénéfices 2 ...

La Poste engrange d'année en année des bénéfices et même s'il y a une part d'intéressement qui est reversée aux salariés (245€ pour l'année 2010 - ndlr), on aimerait bien que les agents puissent effectuer leurs tâches au quotidien et travailler humainement.

 Il y a aussi la question du salaire. Les facteurs, les postiers ont de plus en plus de mal à boucler les fins de mois. Les organisations syndicales demandent à ce qu'il y ait une revalorisation à la hauteur de l'enjeu. Mais à l'heure actuelle, les salaires des fonctionnaires sont bloqués.

Les organisations syndicales se retrouvent aussi désarmées face aux situations de salariés sur le départ. On demande à ce qu'un coup de pouce soit donné à ces agents-là mais la direction aujourd'hui ne répond qu'en terme de stabilité des embauches et des salaires. Nos futurs retraités ont du souci à se faire.

 

- Le projet Ambition 2015, que le président Jean-Paul Bailly a présenté le 15 avril dernier, est un cahier des charges justement censé répondre aux nouveaux défis et difficultés. Le trouvez-vous suffisant ?

Je pense déjà qu'il ne faut pas rabâcher sans cesse le fait que trafic du courrier baisse. Si on veut avoir une bonne qualité de service, et d'un autre côté que les agents travaillent dans un univers plaisant et où ils aient envie de pouvoir se perfectionner et grimper petit à petit les échelons, je pense qu'il faut renouer avec cette mentalité que l'on a perdue.

A partir du moment où il n'y a pas d'augmentation de salaire, pas de perspective de promotion, les gens sont démotivés. Et il y a des agents aujourd'hui qui souhaitent quitter La Poste parce qu'ils ne trouvent pas un bénéfice réel à rester dans l'entreprise.

 

Jean-Claude-Bailly--express-.jpg Jean-Paul Bailly est président du groupe La Poste depuis 2002 / photo : L'Express-Expansion

 

- Le problème est que, si l'on regarde les bilans précédents (2007 3 ; 2008 4), La Poste semble poursuivre une tendance ancrée depuis des années. Cette dégradation a-t-elle un lien avec la volonté depuis 2009 de modifier le fonctionnement de l'établissement ?

La Poste s'est effectivement transformée en société anonyme dans le but de privatiser tout simplement cette société. Pour autant à l'heure actuelle, les agents ne bénéficient pas de leur 13ème mois, comme c'est le cas dans toute société anonyme. Deuxièmement, on demande à ce qu'une mesure qui s'applique dans le privé, à savoir la possibilité de faire intervenir l'inspection du travail, soit également possible. Ce sont là deux facteurs qu'il va falloir combiner de façon à ce que les choses s'améliorent.

 

- La privatisation totale n'est pas encore réalisée mais comme vous venez de l'évoquer, La Poste a changé de statut, le 1er mars 2010, en passant d'établissement public en une société anonyme à capitaux publics. Concrètement, qu'est-ce que cela change pour les agents, pour les usagers ?

Ce qui change pour les salariés, c'est qu'il y avait moins de pression exercée dans le cadre de leur travail quotidien. Pour les usagers, dorénavant, on les dirige vers un automate puisque ce genre de machines doivent enregistrer un certain nombre d'opérations pour être rentables. Ce qui fait que vous n'avez plus de contact avec les guichetiers, ce qui ne désemplit pas pour autant les bureaux de postes.

Avec la nouvelle politique mise en place, on a certains usagers mécontents, qui ne savent pas où se positionner dans les queues appropriées à leur demande, et les incivilités augmentent. Ce sont peut-être des soucis qu'on ne rencontrait pas auparavant.

 

- Est-ce que vous craignez que le changement de statut appelle à une privatisation totale ?

Oui sauf que contrairement à France Télécom (privatisée en 2004 - ndlr) par exemple, La Poste est loin d'être une entreprise qui fait d'énormes bénéfices. Et La Poste qui entend devenir une banque à long terme tout en continuant à fermer ses bureaux, c'est un peu la contradiction que l'on voit naître depuis que la société envisage une privatisation. 

Nous, ce n'est pas la privatisation en elle-même qui nous gêne, mais c'est qu'il n'y ait plus aucune sécurité d'emploi. Et on voit bien qu'à partir du moment où l'on privatise, on privilégie les actionnaires au détriment des salariés et on ferme des bureaux de poste sans se soucier du service public rendu aux usagers depuis des générations.

 

- Vous aviez en tout cas mené une grande campagne nationale par le biais d'un référendum en octobre 2009. Où en sont les actions aujourd'hui ?

Ah ! Le combat continue toujours ! Et on le mène au quotidien. Cela s'est traduit encore par des actions dans le cadre de la préservation de l'emploi ou dans le cadre de l'augmentation de salaire. Il y a notamment eu une action menée le 29 mars en Alsace.


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Action du 29 mars en Alsace / photo : 20Minutes

Effectivement, on essaye encore de lutter contre un rouleau compresseur qui avance et qui détruit de plus en plus d'emplois mais aussi la qualité de service. Je pense que le gouvernement a fait une erreur en ce qui nous concerne, en considérant la privatisation pour compenser la baisse du courrier. Même s'il y a des solutions envisagées avec la lettre sur Internet et autres, on ne pense pas que ce soit pour autant une façon qu'a La Poste de prospérer à long terme.

 

- Avec l'ouverture du capital et son entrée dans le monde de la concurrence, La Poste mène désormais une logique de rentabilité. Elle s'est essayée à la diversification de son activité et depuis le 23 mai, La Poste a lancé son opérateur de téléphonie mobile : qu'en pensez-vous ?

La téléphonie mobile pour l'instant n'est qu'une opération de test qu'on aimerait bien voir s'épanouir à La Poste. Cependant, je pense qu'il y a déjà beaucoup de concurrents sur le marché et qu'il va être difficile de tenir sur la durée. Je pense aussi que c'est une façon d'amener une activité supplémentaire qui puisse compenser la baisse du courrier.

Que La Poste vende des mobiles, ça ne nous effraie pas, sauf qu'il faudrait davantage former les agents à la démarche commerciale. Les guichetiers sont à même de régler les opérations financières mais ils n'ont peut-être pas la formation adéquate pour faire le métier de commerciaux.

Pour l'instant, La Poste emploie des référents pour mener cette nouvelle activité. On verra si cela se pérennise. Je resterais très prudent parce qu'on a vu que La Poste a lancé ces dernières années plusieurs nouvelles activités et que ces activités (p.ex : le relevé du compteur à gaz, ou l'installation de la TNT) ont été loin de compenser la baisse du courrier.

 

- Concernant justement cette baisse de l'activité courrier à compenser. Avez-vous des propositions pour éviter de transformer le facteur nouvelle génération en homme à tout faire ?

La CGT a différentes propositions pour envisager l'avenir avec plus de sérénité. Je pense au rôle social du facteur et à ces tâches du relevé du compteur, du pointage chez les personnes âgées, mais qu'il faudrait intégrer dans les conditions de l'organisation du travail. On a davantage l'impression que ces activités sont menées tambour battant en plus de l'activité de la maison mère, à savoir la distribution du courrier. La Poste pourrait créer des services dédiés uniquement à ces activités, et arrêter les destructions d'emplois...

 

 



 

- Peut-être moins impressionnant que la vague de suicides qui a eu lieu chez France Télécom, le phénomène est cependant bien réel dans les rangs de La Poste. Le dernier en date : le 10 mai à la Grande Motte. A votre avis, pourquoi ne parle-t-on pas de ces suicides ?

La Poste marche sur des œufs concernant l’accentuation du mal-être et de la souffrance au travail. La situation risque fermement de se dégrader à l’instar de nos collègues de France Télécom : le stress, les dépressions, la pression hiérarchique, la "placardisation", le fichage, le harcèlement, les mutations d’office  augmentent à une vitesse effroyable.

- La direction a-t-elle lancé une omerta ?

Oui, La Poste conteste qu’il y a une augmentation des suicides. Cela donnerait une mauvaise image auprès du public et cela risquerait de faire chuter ses bénéfices.

- N'est-ce pas, aussi, aux syndicats de révéler au grand jour ces problèmes lorsqu'ils leur sont transmis ?

Les syndicats ont leur rôle à jouer lors des restructurations dans le cadre de la prévention des risques lors des CHSCT (Comités d'hygiène, de sécurité et des conditions de travail - ndlr). Cependant, le problème majeur reste celui des suppressions d’emplois injustifiées de la flexibilité inhumaine. Malheureusement, certain syndicats cautionnent ces restructurations. Comment admettre que la libéralisation d’une entreprise puisse se faire au prix de la santé, voir de la vie de ses employés, comme ce fut le cas d’un facteur à Wesserling l’année passée dans le Haut-Rhin ?

 

- Le 28 avril dernier, Le Tribunal des affaires de la sécurité social de Nîmes a rendu un jugement qualifié d'historique par la CGT. Celui-ci a statué le lien de causalité entre le suicide d'une guichetière et ses conditions de travail. Pensez-vous que cette décision poussera la direction de La Poste à se remettre en question ?

La Poste met en place des cellules d’écoute pour le personnel en difficulté, mais c’est grandement insuffisant. Ce qu’il faut c’est stopper la machine à broyer du personnel en abandonnant définitivement la logique libérale de destruction des services publiques.

 

Propos recueillis par Nicolas Hecquet

Par Nicolas Hecquet
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Mercredi 22 juin 2011 3 22 /06 /Juin /2011 09:32


Happy World : Birmanie, la dictature de l'absurde par happy-world_tv

Happy World est une expérience hypervidéo autoproduite par Cinquième Etage Production et Upian.com.
Le résultat est un documentaire de 30 minutes, en langue originale français et anglaise, spécifiquement réalisé et monté pour Internet

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