"La leçon de Strasbourg ?" (DNA)

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Éditorial des Dernières Nouvelles d'Alsace paru le lundi 13 avril 2009

"Le monde a-t-il vraiment changé ou le sentiment d'insécurité face à la crise l'emporte-t-il sur d'autres peurs? Nos voisins d'outre-Rhin, habitués aux "Ostermärsche", ces déferlantes pacifistes de Pâques, s'interrogent. Cette année ont été recensés à grand-peine quelques centaines de manifestants par ci et un millier par là. (...)

Rien à voir avec les immenses foules des années 1980 lorsque, le week-end de Pâques, les pacifistes se comptaient par centaines de milliers. Il est vrai que c'était l'époque de la guerre froide où planait la menace d'une conflagration nucléaire. L'époque aussi où à quelques kilomètres de l'Alsace, les fusées américaines Pershing faisaient face aux SS 20 soviétiques. Seules les premières étaient violemment contestées, laissant douter de la sincérité des mouvements de masse. Depuis la chute du Mur de Berlin et l'effondrement de l'URSS, ces doutes sont devenus des certitudes : les archives de l'ex-RDA ont montré que le pacifisme européen était largement infiltré par les services de l'Est.

Aujourd'hui l'infiltration est autre, et on l'a vu la semaine dernière
(1) à Strasbourg. La frange la plus violente de la société se cache derrière les milliers de personnes de bonne foi, et à leur insu. Les casseurs du "black block" ou des divers groupuscules anarchistes pourrissent la non-violence en poussant au "flicage" et au fichage des honnêtes manifestants, les services de police ne sachant plus faire le tri du bon grain et de l'ivraie? Et cet engrenage n'est pas fortuit.

Comment, dans ces conditions, manifester pour la paix, la plus noble des causes, derrière un rideau de policiers anti-émeutes ou — le comble pour des non-violents — à l'abri d'un service d'ordre plus ou moins musclé? Les grandes marches pacifistes s'épuisent. Aussi parce que sous le pli d'un même drapeau arc-en-ciel, altermondialistes, écologistes, gauchistes, antinucléaires, antimilitaristes et authentiques apôtres de la paix obéissent à des intérêts différents.

Qui redonnera vie au vrai pacifisme ? Il n'atteindra sans doute jamais son but. Mais, même utopique, il reste indispensable dans une démocratie pour empêcher les dérives. Le Mouvement de la Paix est à réinventer. C'est à la fois la leçon de Strasbourg et celle de ces "marches de Pâques" réduites à la portion congrue."

Jean-Claude Kiefer

(1) : semaine dite "de l'OTAN, du 30 mars au 5 avril
 

Publié dans Sommet de l'OTAN

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