Plus Guest : un groupe de "rock garage" prometteur

Publié le par Baptiste cogitore

Invités

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Plus Guest émerge largement des salles régionales. Sa recette ? Jouer autant que possible, sur de petites ou de (très) grandes scènes. Rencontre avec un groupe de « rock garage/pop » prometteur.

 

Cé en 2007, le groupe a été sélectionné pour le festival du « Printemps de Bourges » en avril prochain. Cette nouvelle percée sur une scène de réputation nationale n’a pas fait prendre la grosse tête aux quatre musiciens en train d’enregistrer un nouvel album. Bière et bretzels d’apéro à la main, ils évoquent avec simplicité leur parcours, leurs envies et leurs meilleurs souvenirs de tournées.

 

Présentations

Sur les murs du salon sont accrochés des 33 tours des Stones et de Gainsbourg en guise de déco. Les musiciens de Plus Guest, se retrouvent pour une énième interview. La dernière journaliste a les avoir interrogés est repartie bredouille : « Elle n’a pas réussi à nous gérer, à nous choper ! », disent-ils. Eh bien ça promet ! Il faut dire que les quatre larrons ont un peu tendance à partir dans tous les sens. Les présentations sont vite faites : Julien, le batteur barbu et manager tiré à quatre épingles (jean hyper slim et pull marin bien cintré) ; son homonyme Julien, le chanteur à moustache seventies assumée (pour se distinguer, il accepte qu’on le nomme par les prénoms de ses grands pères : Louis-Paul) ; Chris, le bassiste jovial et Thibault, le guitariste réservé. Fondé en 2007 par deux groupes de rock-punk dont sont issus Thibault, Julien-Louis-Paul et Julien, Plus Guest existe dans sa formation actuelle depuis fin 2008 — Chris étant arrivé en cours de route pour remplacer le premier bassiste du groupe. « Avec Plus Guest, on vise une démarche plus professionnelle, explique Julien. C’est davantage un projet artistique qu’un groupe de copains de lycée ! » Avec deux répétitions par semaines, tous ont conscience de travailler plus et mieux que dans leurs anciennes formations : « ça reste un plaisir, mais c’est devenu un véritable travail ! ».

 

« première partie pour la vie »

À l’origine, Plus Guest (« + invités ») est né au cours d’une première partie d’un concert dans un bar de Strasbourg : « l’idée, c’était de rester en première partie pour la vie, de s’incruster un peu partout, pour jouer avec l’imagination du public : on a déjà reçu des messages nous demandant si c’était nous qui avions fait la première partie de Ramstein au Zénith ! » Un nom qui évite les clichés de la plupart des groupes anglophones où on associe les mots « Pony », « Hotel », « Club »…

 

I-Pod et platine

Tous les quatre écoutent des auteurs qui vont de l’« hyper-class » au « ridicule » : The Hives, Bob Dylan, France Gall (Chris assume), Archimède, etc. Julien définit le style des Guest, sobrement : « On écoute beaucoup de trucs anglais, mais finalement, on a un son ultra-américain ». En gros, ça veut dire qu’ils font cracher les amplis, alors que les Anglais font de petites choses toutes frêles. Mais « on n’écoute pas spécialement de la musique pour écrire », dit Louis-Paul. Et Thibault de renchérir : « C’est pour ça qu’on a autant de mal à composer ! ». C’est vrai : depuis sa création, Plus Guest tourne beaucoup mais compose relativement peu : une seule démo, une chanson avec Los Disidentes del Sucio Motel pour vinyle, un album éponyme qui vient de sortir sur CD, et six autres titres enregistrés récemment qui donneront naissance à leur deuxième album vinyle, courant 2010. L’avantage, comme dit Louis-Paul, c’est que les compos leur procurent un réel plaisir, parce que chacun y retrouve une part de lui-même : « On a beau les jouer pendant deux ans, on ne s’en lasse pas ! ». Pourquoi des vinyles ? Julien explique : « Dire que l’industrie du CD ne marche plus serait faux. Mais elle marche moins bien qu’avant. Il y a deux solutions : partir pour le net et le numérique ou revenir au vinyle, à l’objet et à sa qualité d’écoute incomparable. » Et Louis-Paul conclut : «  Nous faisons les deux : nous diffusons en numérique mais chez nous, nous  n’écoutons que des vinyles ». Du coup, Plus Guest pense à la fois I-Pod et platine. Sans oublier la notion graphique de l’objet : « Les graphistes qui bossent pour nous (Chic) sont d’ailleurs bien plus contents de travailler sur un grand format ! » ajoute-t-il.

 

Trinité

Julien, le manager, a créé un label rock indépendant : Deaf rock records (DRR), qui produit et diffuse deux autres groupes : Colt Silvers et The Electric Suicide Club. Il endosse cette double casquette avec aisance. Les points communs entre ces groupes ? Pour Louis-Paul, « il y a une sorte de base d’inspiration qu’on partage tous. Mais les Colt sont bien plus électro que nous, les Electric Suicide Club prennent une orientation pop/hard-core… Plus Guest, c’est du rock an’roll ! » Ce label, c’est un peu la trinité du genre pop-rock : électro/rock/punk. Des styles variés qui se traduisent par une démarche scénique forcément différente : « De par la musique qu’on propose, on a besoin de jouer dans des endroits très différents : les Colt vont plutôt avoir des opportunités sur de grandes scènes (les « Eurockéennes » de Belfort en juillet, ndlr) mais pas très souvent. Nous, notre truc, c’est la route ! », disent-ils. Quoique Julien reconnaisse : « Il faut réussir à bien se placer : les tournées à l’étranger ne nous font pas plus connaître, mais elles nous permettent d’améliorer notre cohésion, notre entité de groupe. » Mais la grande scène, les Guest commencent à la connaître et à l’apprécier, même…

 

« Piston »

Pour Louis-Paul, commentant la sélection du groupe au prestigieux festival du Printemps de Bourges, « c’est peut-être cette expérience de la scène qui a pu faire la différence avec les autres groupes ». En effet, Plus Guest a été propulsé à Bourges suite à la soirée de sélection régionale où se sont produits en même temps les trois groupes du label DRR, gage évident de leur qualité. Cette sélection a dû faire quelques jaloux dans le milieu du rock alsacien. La moustache de Louis-Paul en frise d’émotion : « Tout le monde a crié au piston ! Si on avait été du côté du jury et qu’on avait appris que les trois groupes sélectionnés venaient du même label, nous aussi on aurait dit ‘il y a un truc’ ! Mais on a beau raconter la vérité : personne ne nous croit ! » Leurs rapports avec les scènes strasbourgeoises sont néanmoins cordiaux, comme l’explique le manager : « Le Molodoï nous a beaucoup aidés à nous faire connaître. On a de très bons rapports avec la Laiterie, qui nous met temporairement à disposition ses locaux. On arrive à un moment où les choses deviennent un peu plus faciles pour nous qu’à nos débuts. C’est logique, mais ça ne nous aide pas pour autant : notre but n’est pas de rester en Alsace. »

 

Souvenirs

Alors pour sortir d’Alsace, les Guest entassent tout leur matos dans leur nouveau transporter blanc et taillent la route. Leurs meilleurs souvenirs de tournée ? En vrac : pour Louis-Paul, c’est Chris bourré au sommet d’une échelle s’obstinant à traverser une salle de concert remplie d’Allemands déchaînés ; pour Chris, c’est un hippy allemand partant au milieu de la nuit chercher des feuilles pour faire du thé (sic) ; et pour tous les quatre, Berlin : leur concert au Schockoladen (ancienne chocolaterie réaffectée en salle de concert immense), la scène mythique du S.O. 36 : « Plus grand que la Laiterie mais ambiance Molodoï où tous les grands groupes sont passés » commente Chris, mort de rire à l’évocation de leurs tournées mémorables. On les croit sur parole.

Texte : Baptiste Cogitore
Photo : © Vincent Hanrion
 

Publié dans musique

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